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 Charlie Andrews - tears in my beers

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MessageSujet: Charlie Andrews - tears in my beers   Lun 23 Sep - 17:36



Charlotte Jaime Andrews
Tears in my beers, the sad party of my life

surnoms ;; Charlie date de naissance ;; 28 septembre 1991 lieu de naissance ;; Nouvelle-Orléans, Louisiane origines ;; Américaines & roumaines état civil ;; Célibataire orientation sexuelle ;; hétéro profession ;; Barmaid personnage ;; Inventé groupe ;; Witches avatar ;; Nina Dobrev


— sous la surface
Joviale pensant à son avenir, à sa prochaine sortie avec son petit ami ou aux moyens de le présenter à sa famille ? Incomprise de ses parents, boudant un dîner à l'ambiance plutôt froide ? Ouverte et bavarde sur tout sujet, se confessant sans hésitation à une personne proche ?
Non, voilà des choses qu'on ne vous dira jamais sur Charlotte Andrews à moins d'être en train de bâtir un mensonge du personnage. Mensonge peu crédible qui s'effondrerait en une journée passée avec la demoiselle. Si on veut être parfaitement honnête avec vous, il faudrait d'abord démentir toutes les premières phrases.
Si Charlie n'est pas une grande dépressive que vous verrez à la moindre occasion, s'il est vrai qu'elle semble plutôt joyeuse, elle n'a plus, depuis longtemps, les mêmes préoccupations que les personnes de son âge. C'est vrai, elle semble plutôt joyeuse mais présenter son petit ami à sa famille, s'inscrire dans une faculté pour réaliser un rêve d'avenir, n'a jamais réellement fait partie de sa vie. Il faut dire, pour sa défense, que sa vie n'a jamais rien eu de classique. Mais plutôt que de la critiquer ouvertement, nous vous dirons à la place que la demoiselle vit au jour le jour sans se soucier du lendemain. Oh, vous pourrez la critiquer de ne pas anticiper, la traiter d'irresponsable de ne pas avoir réellement de plan d'avenir, mais la faire changer d'avis est un pari plutôt risqué. Car si Charlie a choisit cette vie, elle ne compte pas en changer non plus. En fait, ça lui va même parfaitement. Ne pas se préoccuper de quoi demain sera fait, vivre sans réfléchir des années, des mois, ou même un seul jour à l'avance, voilà la manière de voir les choses ! Et oui, elle pense même peut être que c'est elle qui a tout compris.
Se prendre la tête sur l'avenir, une tâche bien trop fatigante qui nous empêche de profiter de l'instant présent. Une manière positive de présenter les choses quand on pourrait le faire plus négativement. Un psy dirait peut être qu'elle fuit les soucis du passé, comme ceux à venir. Que si hier lui fait peur, peut être que le lendemain la terrifie encore plus et que de ne pas y penser est le meilleur moyen de s'en préserver.
Conneries ! Voilà ce qu'elle répondrait à ce psy qui s'est tué le cerveau sur des études en gâchant une bonne partie de sa vie.

Spontanée et imprévisible, voilà qui complète ce côté de sa personnalité. Capable de faire quelque chose qu'elle a décidé une seconde plus tôt sans se soucier des conséquences, c'est du Charlie tout craché ! Inutile de se tuer le cerveau en longue réflexion au cours de laquelle on revient souvent au point de départ. Au final, on finit par ne rien faire pour peut être le regretter un jour. Avec son côté bougeotte en prime, ou son instabilité selon le mot que vous préférez, vous obtenez une sorcière capable d'arriver un soir pour disparaître le lendemain sans avoir semblé penser le faire une seule seconde.
Ceci ne serait pas possible si elle était du genre à lier des attaches. Des attaches, Charlie n'en n'a que très peu et c'est parfait comme ça selon elle. D'une nature méfiante, elle n'accorde sa confiance qu'à très peu de gens et quand elle s'attache à ce très peu, elle ne le reconnaîtra que difficilement, sûrement sur le coup de la torture. Et là le psy vous dirait que la peur de souffrir dévoile un autre aspect de sa carapace. Abandonnée dans le passé, ayant choisit de ne pas exprimer cette blessure et ainsi de ne pas la guérir, elle a dû faire autrement pour se relever en cherchant à ne plus connaître cette souffrance.
Il est probable qu'un tel psy ne survivrait pas longtemps en cherchant à l'analyser de cette manière. On l'a compris, la sorcière déteste que l'on fouille dans son cerveau ou que l'on chercher à l'interpréter. Elle est comme elle est, et il n'y a pas besoin d'analyser pour la présenter de manière plus complexe. Et sachez de toute manière que Charlotte Andrews a toujours raison, du moins, elle le clamera. Car pour parfaire ce caractère déjà si "attractif", Mademoiselle est également une bornée de la première trempe qui ne se laisse pas dicter sa conduite. Sa vie lui appartient assez pour qu'elle pense ce qu'elle veut, pour qu'elle fasse ce qu'elle veut et quand elle le veut, ou encore pour qu'elle vous emmerde si vous n'êtes pas d'accord. Elle n'a pas gagné son indépendance pour attendre sans cesse la validation de quelqu'un sur une action ou pour demander une quelconque bénédiction. L'obéissance ne fait clairement pas partie de son vocabulaire.

Plutôt du style solitaire donc, on pourrait l'imaginer avec ce point, seule, en train de se morfondre dans un coin, un carnet ou un bouquin sur les jambes. Et bien non, solitaire ne veut pas dire "à mourir d'ennui" selon la cadette Andrews ! En fait, pour une solitaire, Charlotte est plutôt entourée ! Fêtarde dans l'âme, l'ennui est également quelque chose qu'elle ne veut pas définir. Il est plutôt rare de la voir passer une soirée devant la tv avec pour seule compagnie un énorme pot de glace. Quand elle ne travaille pas, ce qu'elle fait souvent dans un lieu festif, Charlie préfère sortir et recherche étrangement de la compagnie. Mais pour elle, compagnie ne rime pas forcément avec grandes promesses et engagements qui finissent par vous faire douter ou vous faire peur. Boire une bière, descendre quelques shots de vodka, gagner au bras de fer en jouant contre quelqu'un que l'alcool a rendu comateux, voilà une manière plus saine de passer une soirée de libre à son avis. Les jeux de bar sont donc tout naturellement devenus une de ses occupations principales : poker, fléchettes, concours de boissons et, curieusement, elle a engagé une fois dans sa vie une partie de cluedo avec des pochtrons peu fréquentables.
Voilà qui nous donne l'occasion de dire que si Charlie joue, ce n'est pas pour perdre ou pour jouer : c'est pour gagner. Et pour gagner, qu'est-il parfois nécessaire de faire ? On vous le donne dans le mille : tricher. Si elle aime tout spécialement le goût du défi, elle aime autant gagner qu'elle déteste perdre. Assez maligne pour tricher avec brio, sans doute parfois plus douée pour tricher que jouer d'ailleurs, elle possède une sorte de don en la matière. Et ce don ne se limite pas à truquer les cartes ou quelque chose de ce goût là. Et si on vous dit que jouer contre la gente masculine permet bon nombre de stratégies, vous comprendrez tout seul que cette version Andrews est une version charmeuse et séductrice. Manipulatrice ? Ok, avec un zeste de manipulation sur le dessus, mais juste un zeste. Et oui, déconcentrer l'adversaire ou endormir sa vigilance se fait très bien avec ces armes là. Sans oublier qu'elle aime également mettre mal à l'aise, que ce soit en charmant à outrance sans pour autant s'engager sur une promesse, ou en balançant quelque chose qui aura le don de perturber l'adversaire.

Car la répartie, elle aime également ça. Si Dieu nous a donné une langue, c'est bien pour qu'on s'en serve. Elle n'est pas de celles qui mettent trois heures à trouver leurs mots. Sa spontanéité et sa pratique de l'art d'envoyer promener, sur la route et tout spécialement dans les bars, lui confèrent un talent incontestable dans le domaine.
Moqueuse en plus de ça, il est conseillé de ne pas la chercher. Mieux vaut se faire apprécier de cette demoiselle en premier lieu, il y a des chances qu'elle puisse mordre. Mais quand on apprend à se défendre, il faut également apprendre à attaquer. Alors c'est vrai qu'elle peut parfois être peste, mais son bon fond fera que, généralement, elle ne le sera qu'avec les méritants.
On le reconnaît toutefois, c'est parfois elle qui cherche. Oui, Charlie est une emmerdeuse, un peu, oui c'est vrai qu'elle provoque parfois... et bon, peut être qu'elle a également une sorte d'addiction avec le risque et un goût prononcé pour les ennuis, qu'elle le reconnaisse ou non. Mais on n'a qu'une seule vie sur terre. Bien trop peu pour qu'on puisse se permettre de la gâcher en se faisant chier non ? C'est bien cette brune qui n'a pas froid aux yeux qui provoquera le gros costaud du bar en "brisant sa tétine", voir ici son jouet préféré comme sa moto ou son orgueil. Elle compte souvent sur le fait d'être une femme pour ne pas s'en prendre une, elle comptera parfois sur la présence d'un ailier mâle pour jouer les gardes du corps ou d'un accompagnateur qu'elle cherchera plus à emmerder que le motard (et oui fourberie), ou elle comptera tout simplement sur la chance du moment. Et oui, on pourra la voir comme suicidaire mais quand on a peur de rien, du moins quand on le prétend, on n'a pas peur des conséquences.

Il n'y a pas besoin donc d'être un as en psychologie pour deviner le fort caractère de ce spécimen. Il n'en faut pas plus pour comprendre que "liberté" est un mot auquel elle tient et qu'elle l'a défendu en étant débrouillarde. On découvrira également en entrant dans sa vie que cette anti-études qui désespère sa grand-mère n'a rien de quelqu'un de stupide mais qu'elle est parfois un peu trop fière. On découvrirait pas mal de choses comme un côté attachant, sa gentillesse, sa générosité ou même des valeurs auxquelles elle s'attache. Mais il en faudrait plus, même beaucoup plus que de longues études de psychiatre pour savoir ce qu'elle cache à la perfection et pour connaître ce qui lui fait peur, ce qu'elle redoute ou ce qui la blesse. Secrète, ou mystérieuse, Charlie ne dit pas grand chose d'elle, elle tait en tout cas ce qui la touche et ne s'ouvre que très difficilement, rarement, voir jamais. Si elle semble comme ça désinvolte, si elle semble se moquer de tout, elle ne montre jamais ce qu'elle ressent réellement et ça pourrait parfois agacer ses proches. Mais il en faut beaucoup pour espérer gagner sa confiance, et encore plus pour la voir se livrer. Plus fragile qu'il n'y paraît, moins forte qu'elle ne le dit, elle a trouvé son moyen de se protéger. Et, qu'on le juge bon ou non, il semble difficile, voir même impossible, de l'abandonner avec facilité.


— y'a de la magie dans l'air
Charlie possède le don de télékinésie. Autrement dit, elle est capable de déplacer des objets par la pensée. Bizarrement, elle le maîtrisait avec plus de facilité petite en compagnie de son amie imaginaire, bien qu'elle en garde de rares souvenirs. C'était en quelque sorte leur petit secret bien caché de Marlene et elles s'amusaient de ce pouvoir. Depuis, il y a eu comme une sorte de "blocage" et elle peine davantage à l'utiliser après l'avoir même oublié quelques temps. En général, elle hérite de maux de tête quand elle force trop. Ce pouvoir semble être cependant lié à ses émotions et une forte colère provoque souvent des résultats pour le moins... hum... voltigeants ?


— derrière l'écran
pseudo ;; p'tit biscuit âge ;; 27 ans autres comptes ;; Zachariah Duncan Macleod Cooper
le mot de la fin ;; faible un jour, faible toujours !


Dernière édition par Charlotte J. Andrews le Jeu 10 Oct - 9:34, édité 18 fois
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MessageSujet: Re: Charlie Andrews - tears in my beers   Lun 23 Sep - 17:38


I — Rain usually brings bad news

« Tenez, mon fils m'en voudrait sûrement si vous attrapez la mort. ». Avec douceur, Marlene Andrews avait posé une couverture sur les épaules de sa  « belle fille ». Aux dernières nouvelles, elle ne l'était pas réellement... mais elle ne serait pas étonnée d'apprendre que James avait oublié de lui annoncer la grande nouvelle ou de la convier à l'évènement. En fait, elle l'avait été beaucoup plus de voir Ioana au beau milieu de la nuit sur son perron, trempée par l'averse qui avait commencé en fin d'après-midi pour ne plus s'arrêter. Elle aurait pensé que l'histoire ne tiendrait pas. Elle aimait son fils comme une mère se devait de le faire mais elle avait compris avec le temps que ses défauts étaient plus nombreux que ses qualités. Et si elle ne le reconnaîtrait jamais à voix haute, elle avait appris à le craindre avec le temps.
La tasse de café fumante qu'elle avait posée quelques minutes plus tôt devant Iona n'avait pas descendu d'un millimètre. Au moins celle-ci lui servait à lui réchauffer les mains. Ce qui inquiétait plus Marlene pour le moment, c'était le silence. Hésitante un instant, elle avait finit par prendre la main de la jeune femme qui en avait sursauté. Dans ses yeux, l'expression de terreur ne semblait pas vouloir s'atténuer. Est-ce que son fils avait... ?
« Iona... il s'est passé quelque chose ? Est-ce que James a.... ». La roumaine ne lui avait pas laissé le temps de terminer sa phrase, secouant la tête à plusieurs reprises. Au moins, James n'avait rien à voir avec tout ça. Mais alors pourquoi était-elle venue la trouver ? La Roumanie était bien loin de la Nouvelle-Orléans et, aux dernières nouvelles, son fils s'y était installé pour un temps. Avec cette femme... mais pas pour très longtemps en revanche. Ce n'était qu'une histoire passagère, elle l'avait compris tout de suite. Il l'avait probablement choisit parce qu'elle appartenait à une famille de sorcières, tout comme eux. James avait toujours recherché ce côté, adolescent, il aimait dire qu'ils étaient différents pour une raison et que ce n'était certainement pas pour retourner à la faiblesse. Elle avait d'abord pris ça pour les paroles d'un enfant sans conséquences mais il n'était devenu que plus sérieux à ce sujet en grandissant. Aussi, quand il était venu la voir un jour en compagnie de Ioana qu'il avait rencontré au cours d'un voyage en Roumanie, elle n'avait pas été étonné d'apprendre que la demoiselle appartenait à la même catégorie qu'eux.

Dans un soupir, entre le soulagement et l'impatience, Madame Andrews avait tenté une nouvelle fois sa chance de manière un peu plus ferme « Mais il se passe quelque chose. Si vous ne me dîtes rien, je ne pourrais pas vous aider ! ». Après tout, elle débarquait ici, au beau milieu de la nuit, sans la connaître plus que ça et sans raison valable pour le moment.
Sa  « belle fille » l'avait enfin regardé dans les yeux plus de trois secondes. Elle avait soutenu son regard comme si elle cherchait à s'en faire une opinion. Elle avait semblé hésiter, son regard s'était même porté vers la sortie et Marlene avait cru, l'espace d'un instant, qu'elle repartirait aussi rapidement qu'elle était venue.
Finalement, la bouche de la jeune sorcière s'était ouverte pour laisser sortir une voix basse, presque inaudible, et c'est avec ses capacités en langue anglaise qu'elle avait tenté le coup « Je peux vous faire confiance ? », Marlene s'était contentée de hocher la tête, elle craignait peut être qu'intervenir plus décourage la jeune roumaine, « Vous ne devez rien dire à James. Il ne doit pas savoir. Jamais. ». Elle avait renouvelé le même geste, mais son pressentiment était revenu à la charge de manière plus puissante. Elle l'avait redouté pendant des années, ce jour où James la décevrait au point qu'elle ne pourrait plus faire semblant.
« Votre fils n'est pas quelqu'un de bien. Il me fait peur. Ma famille ne veut plus en entendre parler. J'ai été aveugle... stupide. ».
C'était ce soir.... Ce qu'il avait fait, elle avait peur de l'entendre. Elle le devait pourtant. Mais à quoi ça lui servirait ? Qu'est-ce qu'elle pouvait faire contre son propre fils ? Elle se reprochait déjà de ne pas avoir agit plus tôt. Elle s'y était sans doute mal pris. Ou alors, c'était le sang. Ce n'était qu'une superstition d'Andrews dans sa jeunesse, mais quand elle avait eu James, elle avait finit par se demander si ça ne jouait pas finalement. Et ce soir, elle s'apprêtait probablement à entendre que son fils avait franchit la ligne qui séparait le bien du mal. Elle n'avait pas besoin de formule claire pour le comprendre, il suffisait de regarder la crainte dans les yeux de la jeune roumaine à cet instant précis pour le comprendre.

« Je suis enceinte. ».
Quoi ? C'était ça ? Un bébé hors mariage ? Iona avait posé une main sur son ventre avant de poursuivre dans un murmure qu'elle avait lâché en se penchant « Cet enfant est mauvais. ». La confidence lui avait fait baisser les yeux, honteuse. Elle avait pourtant achevé ce qu'elle avait commencé, d'une voix encore plus basse, comme si l'enfant encore dans son ventre pouvait l'entendre « Je l'ai vu... dans mes rêves. Des rêves qui n'ont rien de simples rêves ».
Marlene ne savait plus quoi dire, elle avait l'air tout simplement perdu. La jeune sorcière s'était chargée de faire la conversation et de répondre à la question que la plus âgée n'avait pas encore posé, du moins en partie : la raison de sa visite. « Vous devez m'aider à me débarrasser du bébé. ».



II — « She lives in the attic »

« Je l'ai vu Marlene. Je vous dis qu'elle l'a poussé. ». Levant les yeux au ciel, Marlene avait traduit par là qu'elle trouvait cette conversation tout bonnement ridicule. « Ne sois pas ridicule ! Même le père de l'enfant a dit que sa fille était tombée toute seule de la balançoire. Charlotte n'a pas bougé. ». Visiblement agitée, Iona faisait les cent pas dans la cuisine des Andrews. Une nouvelle fois, elle avait secoué la tête. Marlene ne voulait pas comprendre, elle n'avait jamais voulu comprendre. Elle n'avait pas fait ses rêves... dans le fond, elle ne l'avait peut être jamais cru.
« Vous êtes aussi bien placée que moi pour savoir qu'il y a d'autres moyens. ». Elle avait été trop aveugle pour son fils et voilà qu'elle recommençait maintenant avec sa petite fille. Quand, six ans plus tôt, la roumaine avait frappé à sa porte, elle ne savait pas trop ce qu'elle espérait. Elle s'était sentie seule, perdue... simplement abandonnée et en proie aux doutes. Marlene avait finit par la convaincre de laisser une chance à l'enfant qu'elle portait, elle lui avait promis de s'en occuper. Et si un jour il s'avérait qu'elle s'était trompée, elle s'en chargerait également.
Pendant toutes ces années, Iona avait fait de son mieux. Elle avait essayé d'être une mère, d'aimer cette enfant en tant que telle. Des efforts, elle en avait fait tous les jours. Parfois, il lui arrivait de penser qu'elle s'était peut être trompée, qu'elle avait cédé à une superstition idiote même si ses rêves de l'époque semblaient être beaucoup plus que de simples cauchemars. Mais elle avait fait de son mieux, elle ne l'avait jamais montré à Charlotte.

« Charlotte n'a même pas six ans ! ». Elle n'avait pas pu s'empêcher, Marlene avait finalement haussé le ton. Jusque là, elle s'était contenue mais sa belle fille dépassait les bornes. Dans un soupir, après quelques secondes, elle avait repris plus bas pour ne pas attirer l'attention de sa petite fille à l'étage « C'était un simple accident. Les enfants jouent et se font mal, ça arrive tous les jours. Tu as pris la peine de lui demander sa version des faits ? ».
Charlotte n'était pas James. Elle ne le serait jamais. Cette enfant était tout ce dont une mère pouvait rêver. Elle était intelligente, espiègle, attendrissante... pourquoi Iona ne pouvait-elle pas le voir ?
Parce qu'elle était convaincue depuis toujours que l'enfant qu'elle avait porté finirait comme celui qu'elle avait aimé... pire que celui qu'elle avait aimé.
C'était d'une bêtise. Tout ce qui sortait de sa bouche depuis qu'elles étaient revenues du parc n'était qu'idioties. Si elle avait su.... Elle leur avait proposé d'aller faire un tour au parc pendant qu'elle préparait un bon goûter, le gâteau préféré de Charlotte.
A 17 heures, ne les voyant toujours pas revenir, elle s'était inquiétée. Quand plus de trois heures plus tard, elles avaient finit par rentrer, Iona avait ordonné sur un ton sec à sa fille de monter dans sa chambre se coucher. En silence, Charlotte s'était exécutée. Iona avait attendu quelques minutes avant de tout lui déballer. Elles avaient croisé une amie de Charlotte et son père au parc. Laissant les deux enfants jouer ensemble sur les balançoires, les adultes avaient discuté. Une heure plus tard, le petit monde se trouvait aux urgences pour un bras cassé. Le père de l'enfant n'avait même pas songé à accuser Charlotte. Mais Iona... Iona affirmait que l'amie de sa fille n'était pas tombée toute seule, qu'elle semblait avoir été éjectée.
Elles en étaient là à présent, à débattre sur le caractère maléfique ou non d'une enfant. Comme à chaque fois, la grand-mère prenait le rôle de l'avocate de la défense. Elle le faisait à merveille.
Intérieurement, elle ne pouvait s'empêcher de penser « Et si... ». Et si une fois de plus elle se trompait. Et si cette famille avait quelque chose. Mais elle ne pouvait pas comparer Charlotte à son père. James... elle ne l'avait pas revu depuis des années et du peu qu'elle en entendait, elle redoutait de plus en plus, de minute en minute, le jour où elle se trouverait face à lui.

« Elle m'a dit que Lily l'avait poussé à le faire. Lily... son amie imaginaire qui vit dans le grenier. C'est comme si elle avait tout avoué Marlene. Ce n'est pas une enfant comme les autres. On a fait de notre mieux .... ». Ce coup-ci, Madame Andrews avait chargé, s'avançant droit sur sa prétendue belle-fille, agitant un doigt accusateur dans sa direction « J'ai fais de mon mieux ! Qu'est-ce que tu as fais toi ? A part la rejeter ? Tu crois qu'elle est idiote ? Tu crois qu'elle ne voit rien ? Oh le premier mot qu'elle a dit, c'est maman, c'est sûr. Mais elle s'adressait à moi, à MOI tu comprends ? Cette petite est ta fille et tu devrais apprendre à la considérer comme telle ! ».
Iona avait était incapable de soutenir son regard plus de quelques secondes. On pouvait dire bien des choses de Marlene mais certainement pas qu'elle ne savait pas mordre. Argumenter avec elle était une pure perte de temps. Elle aurait mieux fait de faire ses valises et de retourner en Roumanie auprès des siens. Vaincue, elle s'était laissée tomber sur le tabouret de la cuisine.
« Ce n'est pas ma fille... je n'en n'ai jamais voulu. ». Si Marlene ne l'avait pas persuadé de garder l'enfant, elles n'en seraient pas là aujourd'hui.

Assise dans les escaliers, sa poupée serrée contre elle, Charlie n'avait pas pris la peine de s'essuyer la joue.
Ce n'était pas de sa faute. Elle n'avait jamais voulu ça. Lily avait dit qu'elle irait plus haut, toujours plus haut peut être même jusqu'à voler.
« Charlie ! Charlie ! » .
Tournant la tête vers le haut de l'escalier, son regard s'était posé sur sa seule véritable amie. Lily n'était pas méchante mais elle se sentait très seule parce qu'elle avait perdu quelqu'un qu'elle aimait beaucoup. Lily lui avait dit qu'un jour, elle l'aiderait à retrouver cette personne, elle lui avait fait promettre.
« Viens jouer ! »
Lentement, Charlie avait secoué la tête. Elle n'avait pas envie, pas ce soir. Mais Lily ne l'entendait pas de cette oreille. D'une main, elle avait essuyé les larmes de son amie.
« T'es un bébé ? »
A nouveau, l'enfant avait secoué la tête « Alors viens, y'a que les bébés qui pleurent ! »
Son amie lui avait pris la main. Ensemble, elles avaient monté les escaliers « Laisse parler les grandes personnes, ils aiment dire des choses stupides. Moi, je serai toujours là pour toi. Je te le promets. »



III — Do me a favor, don't come back

« Oh non, non, non, jeune fille ! Vous allez me faire le plaisir de revenir là et de prendre un petit déjeuner correct ! ». Avec un soupir, Charlie avait laissé retomber son sac de cours de ses épaules. Après un demi-tour direction la cuisine, elle avait plié en s'asseyant à la table sur laquelle l'attendait une assiette fumante de pancakes. Depuis qu'elle était petite, sa grand-mère avait mis un point d'honneur à faire respecter la tradition du petit déjeuner en famille. Elle n'y parvenait pas toujours mais elle faisait en tout cas de son mieux, comme avec toutes les habitudes qu'elle jugeait digne d'un foyer presque normal. Elles n'avaient pourtant rien d'une famille normale toutes les trois... dans tous les sens du terme.
Sa mère n'était pas la mère qu'on rêvait d'avoir, sa grand mère était... disons... particulière et elle était... elle ne savait plus trop à force. Ensemble, elles pouvaient prétendre à tourner dans la dernière série fantastique pour adolescents. A la différence près que le scenario n'avait pas de quoi faire rêver.
Mais Charlie adorait sa grand-mère au point de lui faire plaisir de temps en temps et mordre dans l'un de ses pancakes, un sourire exagérément forcé sur le visage. « Hum, ta mère n'est pas encore levée ? Fais moi plaisir mon coeur, va la chercher. J'aimerai bien qu'on prenne un repas toutes ensemble au moins une fois dans la semaine ».
A en juger par sa manière de rouler des yeux, la plus jeune des Andrews ne semblait pas manifester la plus grande des motivations à aller chercher sa mère. Comme souvent, elle préférait limiter leurs rapports. Si elle s'était sentie un jour à l'aise en compagnie de sa mère, il y avait un moment que ce n'était plus le cas... elle ne se souvenait même plus de la dernière fois où elle était partie la trouver en toute innocence. « Chasse moi cet air ridicule et exécution ! ».

Un nouveau soupir plus tard, Charlie avait reposé sa fourchette avant de prendre la direction de l'étage. Quelques secondes plus tard, elle frappait à la porte de la chambre de sa mère. Pas de réponse. Après une nouvelle tentative, elle avait finalement appuyé sur la poignée de la porte « Marlene m'a dit de....» ....
Quelques pas dans la pièce lui avaient suffit pour se rendre compte qu'elle parlait dans le vent. Le lit était impeccable. Iona s'était probablement déjà levée pour se rendre au travail. La chambre était si parfaitement rangée qu'on aurait pensé à une pièce modèle dans une boutique de meubles. Haussant d'abord les épaules, Charlie s'était apprêtée à quitter la pièce quand le pressentiment s'en était mêlé. Ce pressentiment qu'elle avait toujours eu, même enfant. Ce rêve, elle l'avait même déjà fait.
Sans hésiter, sans la trace d'une nervosité, elle s'était dirigée vers l'armoire la plus proche pour l'ouvrir presque brutalement. Vide. L'autre armoire avait fait l'objet du même constat.
Elle était partie.
Calmement, Charlie avait refermé les portes des armoires. Avec le même calme, elle avait quitté la chambre pour redescendre à la cuisine et s'installer de nouveau à table. Sans la moindre expression, elle avait reprit une bouchée de son pancake entamé. C'est après plusieurs minutes que Marlene s'était étonnée « Qu'est-ce qu'elle fait ? Tu lui as bien dis de venir ? ».
Les yeux relevés vers sa grand-mère, elle avait choisit la réponse la plus simple et la plus claire  à ses yeux « Pas vraiment. Elle était déjà partie. ». Mais Marlene ne semblait pas avoir compris et tandis que sa petite fille se levait pour aller mettre son assiette dans l'évier, elle avait renouvelé d'un « Ah bon ? Mais il n'est que 8 h. Je pensais qu'elle commençait beaucoup plus tard aujourd'hui. ».
Un court instant, Charlie s'était figée, les yeux rivés sur son assiette vide. Ce n'est que pendant ces quelques secondes qu'on aurait pu douter de son je-m’en-foutisme face à la situation. Mais, quand elle s'était retournée vers celle qui avait réellement tenu lieu de figure maternelle pendant toutes ces années, la situation ne semblait pas la toucher et elle avait annoncé la nouvelle comme on annonçait qu'on ramènerait le dîner « Non mamie, elle est partie et je ne pense pas qu'on doive l'attendre pour dîner. »
« Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire Charlotte ? Charlotte ? ».
Sans répondre, elle  avait déposé un baiser sur la joue de sa grand-mère, lui frictionnant le dos quelques secondes comme si elle avait besoin de réconfort « Lukas doit m'attendre. Je lui pique un pancake. A ce soir. ».
Elle n'avait pas laissé plus de temps à Marlene pour en placer une, elle avait quitté la maison pour retrouver le Lukas en question devant le portail. Une journée parfaitement normal. Elle ferait le chemin avec son ami qui la quitterait devant son établissement pour aller rejoindre la cour des grands. Après une journée de cours, elle rentrerait simplement et rien ne changerait. Absente ou présente, Iona ne faisait pas grande différence à ses yeux. Tout allait bien. Elle s'en moquait. Qu'elle soit partie sans avoir le courage de leur dire, sans un mot, ça lui ressemblait bien après tout. Et tout ce que Charlie avait envie de lui dire maintenant se résumait à un « Bon vent ».



IV — Witch on the run

« J'ai pensé que je devais vous prévenir Marlene. », le téléphone de la maison collé contre l'oreille, Marlene avait hoché la tête comme si Iona se trouvait dans la pièce. Quand le téléphone avait sonné il y a une minute, elle n'avait pas pensé une seule seconde que leur vie était sur le point de connaître un nouveau drame digne des Andrews. Oui, elle avait son cabinet de voyance mais pas ce don là. « Oui... pour une fois que tu prends la peine de le faire. », dès que les mots étaient sortis de sa bouche, elle avait souhaité ne pas les avoir prononcé. Au son de la voix de la roumaine, elle avait pu juger de sa tristesse. Elle n'avait peut être pas été la meilleure mère mais elle faisait quelque chose de mieux ce soir. S'excuser était pourtant bien difficile... à part ses paroles un peu dures, elle n'avait rien à se faire pardonner. Ce n'était pas elle qui était partie sans un mot deux ans plus tôt. Charlotte avait joué les non affectées, avec brio d'ailleurs. Mais elle n'était pas si dupe. Évidemment que ça avait touché sa petite fille ! Évidemment que ça lui avait fait de la peine. Elle s'était juste endurcie avec le temps, elle était devenue trop fière pour montrer ce qui pouvait la blesser et elle avait simplement esquivé le sujet à chaque fois... mis à part ce jour où elle lui avait dit que son seul regret était de ne pas avoir pu lui balancer ses quatre vérités.
« Vous partirez ? C'est la meilleure chose à faire, n'attendez pas qu'il revienne. Et puis pour... je voulais juste... enfin... je suis désolée. », oui, elle en avait l'air. Mais l'heure n'était pas aux excuses « Peu importe, c'est trop tard pour tout ça. Iona, pars toi aussi. Je ne sais plus de quoi James est capable ».
Car, une fois de plus, c'était bien de lui dont il s'agissait. Mais elle n'avait pas pu entendre si, oui ou non, Iona écouterait son conseil. Un début de mot et une voix qu'elle connaissait trop bien avait raisonné dans la pièce où elle se trouvait. Puis, plus rien. Elle avait raccroché.
Elle n'avait toutefois pas le temps d'imaginer ce qu'il pouvait se passer à ce moment là en Roumanie. Réfléchir n'était pas non plus une option. James revenait à la Nouvelle-Orléans.

Instinctivement, ses yeux s'étaient portés vers l'escalier. Ce soir, elle devrait faire une chose qui lui brisait déjà le coeur. Charlotte devait partir. Loin d'ici, aussi loin qu'elle le pouvait. Ni Iona, ni elle n'avaient pris la peine de dire à James qu'il était père. Et c'était sans doute la meilleure chose qu'elles aient décidé toutes les deux pour le bien de Charlotte. S'il l'apprenait, elle n'osait pas imaginer ce qu'il déciderait de faire de cette nouvelle. Qu'il soit en colère contre elle, sa propre mère, peu importe mais s'il faisait du mal à Charlotte, s'il décidait d'« exploiter » son pouvoir, elle ne se le pardonnerait pas. D'hésitations, elle n'en n'avait pas une seule, c'était la meilleure et la seule décision possible. Aussi, avant de monter dire à sa petit fille qu'elle devait faire ses bagages, elle avait composé le numéro de la personne en qui elle avait le plus confiance pour veiller sur Charlotte quand elle ne pourrait plus le faire.
Moins d'une minute plus tard, elle rentrait dans la chambre de l'adolescente occupée sur des devoirs clairement peu passionnants à son sens, des écouteurs dans les oreilles.
Sans un mot, elle avait pris une valise en dessous le lit et avait commencé à la remplir. Elle en était désolée mais elle n'avait pas le temps de prendre des pincettes « Qu'est-ce que tu fais ? ». Charlotte avait retiré les écouteurs qui produisaient une musique sans doute trop assourdissante pour aider à la concentration. Sa grand-mère ne lui avait pas répondu, commençant à fourrer les premiers vêtements qui lui tombaient sous la main dans sa valise. D'un froncement de sourcils, la plus jeune l'avait examiné... elle aurait juré qu'elle avait pleuré.« Grand-mère ? ça ne va pas ? ».
Comme elle n'obtenait toujours pas de réponse, elle avait quitté sa chaise pour s'en approcher. Déterminée à vider son armoire, la pseudo-voyante n'avait pas levé les yeux une seule fois vers elle jusqu'à ce qu'elle la prenne par le bras pour la stopper dans son élan. Alors, elle avait semblé prendre conscience de la présence de sa petite-fille. Elle ne faisait que retarder les mots qui lui écorchaient déjà la bouche. Hésitante, elle avait fait une tentative de sourire avant de dire d'un ton trop serein pour aller avec la nouvelle « Hé bien, je fais tes valises, ça ne se voit pas ? Es-tu idiote ? », oui, plaisanter n'était pas la meilleure des manières, « J'ai appelé Joshua, il vient te chercher. On n'a pas le temps de bavarder, tu sais qu'il est plutôt rapide. Aide moi à faire tes valises au lieu de rester planter là. ».
Interloquée, Charlie n'avait pas su quoi répondre et en avait lâché son aînée qui avait sortit une deuxième valise pour la remplir « Je ne sais pas trop où vous allez alors autant prendre des vêtements chauds. Vu le temps ici... tu devras probablement en acheter des meilleurs. ».
C'était une blague... Marlene était en train de lui faire la plus mauvaise des blagues. Elle avait toujours été étrange mais ce soir... « Tu plaisantes ? Qu'est-ce qui te prends ? Arrête, tu m'inquiètes ! ». Elle avait finit par hausser le ton ce qui avait été au moins capable de faire arrêter sa grand-mère une nouvelle fois. Abandonnant un pull pas bien épais dans la valise, elle avait pris les mains de celle qu'elle avait élevé comme sa propre fille « Ne me fais pas ça Charlotte... contente toi de faire ta valise. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi. Je n'ai ni le temps, ni la force, ni l'envie... et c'est beaucoup mieux comme ça. Tu ne peux pas rester ici. Pour ton bien, tu dois partir ce soir et ce n'est pas discutable ».

C'était les seules explications qu'elle pourrait lui donner pour le moment. Marlene n'en n'était pas fière mais elle avait multiplié les mensonges au sujet de James. Elle s'était convaincue que c'était pour son bien et elle n'en doutait toujours pas ce soir. Elle lui avait dit que son père était mort... on pouvait la blâmer, on pouvait la détester mais elle ne lui dirait pas la vérité... pas ce soir. C'était pour la protéger, juste pour la protéger. Et peut être que l'égoïsme s'en était un peu mêlé avec le temps... comme au départ de Iona. Après tout, cette enfant était plus la sienne que celle de quelqu'un d'autre. Si aujourd'hui elle lui disait la vérité, elle la détesterait probablement et Marlene n'était pas capable de voir de la haine dans les yeux de Charlotte quand elle la regardait.
Comme toujours, Joshua avait été son sauveur, en quelque sorte, quand il était entré dans la chambre. Oh oui, certains diraient que confier sa petite-fille à un vampire n'était pas le meilleur choix du monde mais elle était capable de les contredire jusqu'à son dernier souffle. Elle avait aimé cet « homme » et elle l'aimait sans doute encore aujourd'hui... c'était juste différent, il avait toujours l'air aussi jeune et elle était devenue une grand-mère avec ses rides. Mais de l'affection, ils en auraient toujours. Jamais il ne l'avait déçu et il avait été là pour Charlotte aussi. Les laisser ensemble aujourd'hui était la seule chose qui pouvait la rassurer.
« T'es prête ? », ils s'étaient cognés la tête, l'un comme l'autre... secouant la sienne, l'adolescente avait répondu « Quoi ? Mais non ! Est-ce que l'un de vous va me dire ce qu'il se passe ? ». Aucune réponse, Marlene avait jugé que remplir trois valises étaient le mieux qu'elle puisse faire en si peu de temps et elle en avait confié la charge à Joshua pour qu'il puisse les charger dans sa voiture, ce qui ne l'avait pas empêché de jeter dans un sac quelques affaires en faisant le tour de la chambre. Elle devait emporter le maximum, elle ne reviendrait pas avant un moment.
Non... elle ne reviendrait pas. Jamais. C'était cette pensée qui l'avait traversé avant de causer une nouvelle larme sur sa joue. Larme qu'elle avait balayé rapidement d'un revers de main pour se tourner ensuite vers Charlotte et lui tendre son sac... « Oh non, ne t'avise surtout pas de me regarder comme ça... de me regarder comme si je t'abandonnais », posant ses deux mains sur les joues de la jeune fille, elle avait continué « Ce que je fais ce soir, je le fais parce que je n'ai pas d'autres choix. Je le fais parce que je t'aime. Tu m'entends ? Je t'aime Charlotte, comme si tu étais ma propre fille. Un jour, je t'expliquerai. Mais ce soir, je te demande juste de suivre Joshua. Tu l'écouteras ? Tu ne feras pas ta mauvaise tête ? T'es une Andrews après tout.... On se...».
« Marlene, on n'a pas le temps. », mais il y avait tellement de choses qu'elle aurait pu encore lui dire, et puis elle devait faire des recommandations à ce nouveau tuteur.... Dans un soupir, elle s'était toutefois résignée, Joshua avait raison. Oui, James était à des kilomètres de là mais elle ne savait plus aujourd'hui de quoi il était capable. Sans compter qu'un vampire ne voyageait que de nuit. Elle avait donc relâché sa petite-fille, hochant tout simplement la tête pour conclure le tout.

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« Tu sais, pour un vampire... t'es plutôt chiant ! », c'est sûr, ça le ferait parler ! L'insulter, c'était la bonne technique ! Comme souvent, elle avait laissé parler l'agacement. Le vampire n'avait pas réagit, toujours aussi calme, se bornant à fixer la route. Il n'avait pas pris la peine de leur dire la destination. En fait, ils n'avaient pas décroché un mot depuis qu'ils avaient quitté la maison de son enfance. Finalement, Charlotte était là, dans une voiture, en compagnie du vampire le plus muet de tous les temps. Elle se dirigeait vers une destination inconnue, pour un motif inconnu et elle n'était même pas tombée sur un compagnon de route qui savait faire la conversation.
Vaincue, elle avait laissé sa tête retomber contre la vitre côté passager, les yeux rivés sur un paysage qu'elle ne regardait pas vraiment. Chercher à comprendre était une perte de temps pour le moment... mais penser directement à sa grand-mère ne faisait qu'accentuer cette nouvelle blessure.
Elle avait simplement tout empilé dans des valises, comme ça, comme si elle envoyait sa petite-fille au bout du monde. Mais au moins, elle n'avait pas fait de promesse qui ne serait pas tenue. ça semblait plutôt clair... elle ne reviendrait pas.



V — We get used to it

« C'est pas vrai, t'as encore rien glandé de ta journée ! », redressant la tête du lavabo, Joshua avait tourné les yeux vers Charlie, sa « pupille », « Je suis un vampire... y'a pas grand chose à faire pour moi au cours de la journée ». Avec un sourire amusé sur les lèvres, la lycéenne avait accueillit la remarque, il n'avait pas compris l'ironie en plusieurs siècles et c'est en lui balançant une claque derrière le crâne qu'elle l'avait aidé ce soir à le faire. Le vampire avait finalement répondu à son sourire avant de quitter la salle de bain.
ça faisait plus de deux ans maintenant qu'ils avaient quitté la chaleur de la Louisiane pour la fraicheur du Michigan. Ils s'étaient trouvés une petite maison avec cave dans laquelle il avait élu domicile. Charlotte s'était inscrite au lycée du coin, point sur lequel Marlene avait insisté : elle finirait le lycée et elle ferait même de longues études. Si sa petite fille n'avait pas protesté plus que ça, il n'était pas sûr cependant que s'inscrire à l'université soit dans ses plus grands projets. Demain, c'était la graduation et elle n'avait pas montré plus d'intérêt que ça à choisir une faculté. Le vampire avait proposé de changer de coin si jamais elle jetait son dévolu sur une université éloignée mais elle s'était contentée de remplir un dossier d'inscription pour la faculté la plus proche. Elle avait manifestement perdu le goût d'une vie classique avec le temps et les épreuves.
Les journées n'avaient pas toujours rimé avec tranquillité et s'occuper d'une adolescente comme Charlie n'était pas synonyme de repos, il devait l'avouer. Mais, pendant les bons jours comme pendant les mauvais, il aimait cette sorcière comme si elle était de sa propre famille. Il avait fait partie de sa vie depuis qu'elle n'était qu'une gamine et il avait finit par la considérer comme une nièce, voir comme une fille. Si par magie Marlene et lui avaient eu un enfant, cette enfant était sans aucun doute Charlotte. Régulièrement, il appelait sa grand-mère pour lui donner des nouvelles. Bizarrement, ce n'était pas ses coups de fil préférés. Bien qu'il soit beaucoup plus vieux que la femme qu'elle était, le temps avait finit par les séparer... le lien qu'ils avaient eu autrefois n'était aujourd'hui plus possible... c'était douloureux. Presque autant que de la savoir seule à la Nouvelle-Orléans avec son fils dans le coin.

« Oh, Marlene a envoyé une lettre avec ses ultimes recommandations pour la grande graduation. Elle a laissé un mot pour toi aussi, si jamais tu veux la lire.», d'un geste de la main, elle avait désigné une enveloppe qu'elle avait laissé sur la table au milieu de la cave à son intention. « J'ai gagné un bracelet porte bonheur pour l'occasion ! », agitant son poignet sous les yeux du vampire pour montrer le bijou, elle avait finit par élire domicile sur le lit de celui-ci. Elle ne ferait pas plus de commentaires que ça. Parler dans le détail de ce que sa grand-mère disait ou des regrets cachés qu'on pouvait trouver entre les lignes, elle l'évitait toujours. C'était dans ses habitudes.
Joshua s'était emparé du courrier pour le parcourir rapidement. Plongé dans sa lecture, il ne s'était pas rendu compte une seule seconde que la lycéenne l'avait fixé pendant de longues minutes, guettant des mouvements de visage, des gestes, qui la conforteraient dans son hypothèse.
Il jouait les baby-sitters à la perfection, peut-être même trop. Elle jouait les boulets. Convaincu de devoir la protéger, de devoir veiller sur elle, il ne la lâchait pas d'une semelle quand il le pouvait. Il fallait le supporter, c'est vrai, mais ce n'était pas ce qui la dérangeait plus. Marlene lui manquait, elle le voyait encore à le regarder lire cette lettre. Il n'avait pas été officiellement « renvoyé » mais il était forcé de rester avec elle. C'était du moins de cette manière qu'elle voyait les choses.
« Je m'en vais. », si elle avait hésité plusieurs longues secondes avant de le lui dire, la phrase était finalement sortie comme ça, il avait abandonné sa lecture pour la regarder, cherchant probablement ce qu'elle voulait dire par là et elle avait précisé « seule». Et il avait compris, c'était peut être parce qu'il se doutait que ce moment viendrait qu'il s'était mis en colère sans passer par la surprise « Non, je fais mes valises et on peut partir ce soir si tu veux changer de coin. Mais on reste ensemble, tu... », « Je ne te demandais pas ton avis. Je pars, c'est tout. J'ai pensé que je devais au moins te prévenir. Tu devrais retourner auprès de Marlene. Tu t'es occupé de moi pendant deux ans, c'est déjà un exploit ! ».
La plaisanterie ne semblait pas être du goût du vampire qui avait reposé la lettre sur la table avant de se rapprocher d'elle avec la rapidité de sa race, prenant place à ses côtés sur le lit « J'ai promis à Marlene que je veillerai sur toi.  Et cette promesse, je compte bien la tenir. ».
« Tu n'es pas obligé. Je suis assez grande pour me gérer toute seule. Et à moins que l'un de vous deux ne veuille bien m'expliquer pourquoi j'ai besoin d'une nounou âgé de 300 ans, je partirai. Ce n'est pas comme si tu pouvais assister à ma graduation de toute manière ! Mais si ça peut te faire plaisir, j'irai chercher le beau papier. Tu ne vas pas passer ta vie, même si t'es immortel, à me surveiller. »

Vainement, elle avait tenté de se relever mais Joshua avait posé sa main sur son épaule pour la forcer à se rasseoir. Il avait juré à Marlene de ne rien lui dire. Il ne savait pas si c'était une bonne chose ou non mais la décision ne lui appartenait pas « Tu penses que ça m'embête ? C'est pour ça ? Tu sais bien que non.... Tu comptes pour moi, autant que ta grand-mère, je suis ici parce que j'en ai envie ».
Elle s'en était doutée, il ne lâcherait pas l'affaire. Elle avait voulu faire ça dans les règles, ne pas partir comme une voleuse... façon Iona, mais il ne lui laisserait pas le choix. Elle lui aurait au moins dit au revoir, à sa manière « C'est vrai ? Je pensais que... enfin... ». Si on se posait la question, non, elle n'était pas spécialement fière de basculer en mode touchée et de lui mentir. Mais, s'il ne pouvait pas la suivre en plein jour, endormir ses soupçons était maintenant la priorité.
Dans une tentative de lui prouver son affection, Joshua l'avait pris dans ses bras après avoir déposé un baiser sur son front « Tu sais, pour une sorcière, tu peux parfois te montrer vraiment idiote ! ».
Elle s'était laissée faire. Il ne le savait peut être pas mais cette étreinte était le meilleur moyen de lui dire au revoir. Finalement, des adieux, elle n'en connaissait pas des normaux... mais on s'habituait... elle l'espérait. Ils étaient restés là, à discuter un bon moment. D'abord, il avait cherché à se rassurer, elle avait finit par changer de sujet et sa graduation du lendemain était devenue le thème central de la conversation.
Mais, quand il était monté à l'étage la nuit suivante, il s'était directement rendu dans la chambre de Charlotte pour ouvrir ses armoires et constater que ses affaires n'y étaient plus. Elle avait pris la peine de laisser une lettre à son attention et il pouvait déjà en deviner quelques mots. Il n'était pas idiot mais il avait voulu croire qu'elle resterait, au moins encore quelques temps... le temps de proposer un départ à deux. Hier, quand ils s'étaient quittés, il l'avait regardé une dernière fois, cherchant une expression qui pourrait la trahir. Il était forcé d'admettre qu'elle était bonne comédienne.
Qu'est-ce qu'il aurait pu faire de toute manière ? La forcer à rester ? Oui... mais il aurait dû l'enchaîner la journée pour ça. Dans un soupir, il avait pris son téléphone pour composer le numéro de Marlene et lui annoncer qu'il n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait sa petite fille à l'heure actuelle.



VI — Have a break, Have a beer

« Je suis au boulot et plutôt débordée, je peux te rappeler plus tard ? », voilà la meilleure réponse à donner à une Marlene qui vous demande ce que vous êtes en train de faire. En voyant le numéro de sa grand-mère s'afficher, Charlie était forcée d'avouer qu'elle avait un peu pesté. C'était beaucoup plus simple quand elle la contactait, ce qu'elle faisait les trois quart du temps. Pas parce que sa grand-mère l'avait complètement oublié mais parce qu'elle changeait régulièrement de téléphone et de numéro. La fausse voyante n'était pas pro des dernières technologies mais elle préférait prendre ses précautions. Depuis qu'elle avait quitté Joshua 4 ans plus tôt, elle était maîtresse de sa propre existence... d'une manière qui ne conviendrait pas à Marlene.« Ah ? Ton boulot est plutôt bruyant... qu'est-ce que j'entends ?. », le bruit de la bouteille que venait de laisser tomber Harvey ? Harvey, l'homme qui avait commencé à la draguer, celui auquel elle avait lancé le défi de la bouteille. S'il tenait mieux l'alcool qu'elle, ils coucheraient ensemble. Dans le cas contraire, il se promènerait en Marilyn Monroe dans tout le bar.
... ouais, ce genre de réponses n'était pas attendu.
« La bourse de New-York vient de prendre un sacré coup, mon collègue ne l'a pas supporté. », c'est sûr qu'un foutage de gueule trop voyant était tellement préférable !
Pour sa défense, elle était réellement au boulot. Un boulot avec de l'alcool, des fléchettes, des hommes peu fréquentables et une tête de cerf accroché au mur... en d'autres termes, elle était barmaid et fière de l'être.

Les petits boulots, elle les enchaînait au rythme des villes qu'elle traversait. Mais, un job dans un bar, son choix numéro un. Là où il y avait de l'alcool, une chance de s'amuser et des ennuis, Charlotte Andrews n'était jamais loin !
Depuis qu'elle avait gagné une totale liberté en prenant la fuite le jour de sa graduation, elle avait la sensation de mener une existence parfaite. Ce n'était peut être pas le cas, certains diraient qu'elle se voilait la face mais ses soucis d'aujourd'hui étaient tellement plus amusants ! Provoquer un balourd de motard en renversant sa moto... c'était toujours mieux que de craindre quelque chose d'inconnu en compagnie d'un vampire peu bavard. Elle n'était plus un poids pour personne, l'indépendance était son mot préféré avec celui qu'on lui associait souvent : liberté !
.« Hum... tu es sûre que ça va Charlotte ? Tu ne fais pas de bêtises au moins ? Des choses imprudentes et irresponsables par exemple. », des bêtises ? Quelles bêtises ?
Posant sa main quelques secondes sur le téléphone, elle s'était penchée sur le bar après y avoir posé une bouteille de vodka et avait dit d'une voix sexy qui n'offrait que peu de places au doute « Hey Harvey, si tu termines cette bouteille avant la mienne, on le fait tout de suite dans les toilettes. », puis, elle avait retiré sa main pour reprendre la conversation sans fin avec sa grand-mère « Mais non ! Tu me connais ! Une véritable bonne soeur ! Mais je peux vraiment pas te parler maintenant, je suis au milieu de quelque chose. ».
Si Mamie Andrews voyait la bonne soeur à l'heure actuelle, elle ferait une crise cardiaque.

« D'accord, réponds seulement à ma question. Tu rentres quand ? ». Elle ne lâcherait pas l'affaire ! Des années en arrière, elle la chassait pour une raison obscure et maintenant, depuis près d'un mois, elle insistait pour qu'elle rentre à chaque fois qu'elle l'avait au téléphone.
Sa vie de maintenant était trop parfaite pour qu'elle revienne à des chaînes à la Nouvelle-Orléans. On pourrait aussi y voir une pointe de fierté. Au cours d'une conversation téléphonique plus sérieuse, chose assez rare, Madames Andrews avait eu le privilège d'entendre quelque chose de plus sincère. Non, elle ne rentrerait pas pour vivre dans le mystère d'une famille, elle avait 22 ans et se débrouillait très bien toute seule.
Rapidement, elle avait pris le goût à l'imprévu. Se pointer dans une ville, gagner un peu d'argent, s'amuser essentiellement et se barrer sans prévenir. Ce n'était pas l'existence la plus stable qui soit mais certainement la meilleure.
« Tu pourrais t'inscrire à la fac du coin. Et puis, il y a ce Sean que je meurs d'envie de te présenter. Il est célibataire tu sais. ».
Et merde... voilà qu'elle jouait les marieuses maintenant... idée qu'elle avait coupé direct d'un « J'étudie... enfin, en quelque sorte. Et puis, j'ai Harvey. »... aaah Harvey, Harvey qui luttait visiblement sur sa bouteille et ne tarderait pas à s'écrouler quand elle posait la sienne vide, un air de triomphe et de fierté sur le visage.
Hein ? Comment ça tricher ? La vider dans un pichet derrière le bar n'était pas de la triche. Elle était vide non ? Et elle n'avait pas gâché ! Ce n'était pas de sa faute si Harvey était trop stupide pour comprendre la subtilité d'un cerveau plus doué que le sien.

« Je ne voulais pas te le dire par téléphone... mais tu ne me laisses pas le choix. Je suis malade Charlotte. »,« Hein ? ». Le bruit de la chute n'était dû au choc de la nouvelle, son adversaire venait de tomber à la renverse dans un semi-coma... voilà qui lui libérait sa soirée.
« Les médecins ne sont pas très optimistes.... Ils pensent qu'il ne me reste pas beaucoup de temps à vivre, un an... tout au plus... si j'ai de la chance. J'aimerai juste passer un peu de temps avec ma petite-fille avant de partir. Et, savoir qu'elle est bien le jour où je rendrai mon dernier souffle. ». Aaaah Charlie ! Si talentueuse et pourtant, ce soir le maître du jeu avait trouvé le sien. Car oui, elle avait bouclé ses affaires dans la soirée, oui elle avait pris la direction de la Nouvelle-Orléans trahissant ainsi les sentiments qu'elle avait et qu'elle aurait toujours pour sa grand-mère. Mais c'était bien cette dernière que le vampire qui se tenait derrière elle n'avait félicité qu'à moitié en lui demandant si elle n'avait pas honte. Et bien non, Marlene Andrews ne connaissait pas la honte.



VII — Welcome home Charlie !
Elle y était arrivée ! Elle l'avait fait !
Non, Charlie ne venait pas de courir un marathon ou d'accomplir un exploit particulier au sens où on l'entend le plus souvent. En fait, c'était sa voiture qui l'avait fait, une fois de plus. Quand Marlene lui avait annoncé sa maladie, elle se trouvait à l'autre bout du pays et Jack n'était plus tout jeune. Elle n'était peut être pas un homme, mais elle était du genre à surnommer sa voiture et à la bichonner. Pour que ce qu'on pouvait nommer une épave, il était conseillé de ne pas le faire devant elle, arrive aussi loin, c'était qu'elle en avait pris soin depuis toutes ses années. Elle vantait toujours les mérites de sa vieille voiture, la qualifiait même de bolide... un peu capricieux, mais elle n'avait pu s'empêcher de tapoter son tableau de bord affectueusement en guise de félicitations. Encore une fois, Jack avait été capable de fournir pour de longs kilomètres. Et elle lui demanderait dans peu de temps de renouveler l'exploit, Charlie avait pris la maladie de la bougeote il y a quelques temps maintenant. Seulement, elle ignorait que Jack ne lui ferait pas connaître de nouveau miracle, Jack était peut être fait pour terminer à sa vie à la Nouvelle-Orléans.
La jeune sorcière avait tout juste eu le temps de sortir de voiture que la porte de la grande maison qu'elle avait habitait autrefois s'ouvrait déjà. Marlene ne lui avait pas laissé le temps de regarder quelques instants cette propriété qui avait été la sienne aussi, la grand-mère sortait déjà pour accueillir sa petite fille.
Parce qu'à cette minute Charlie la pensait réellement malade, elle avait renoncé à décharger ses affaires, choisissant plutôt d'aller à la rencontre de la femme pour lui épargner des efforts inutiles. Mais, elle n'était même pas arrivée en bas des escaliers du perron que Marlene avait déjà dévalé toutes les marches de son côté pour la serrer dans ses bras et lui lancer une joyeuse salutation débordante de bonheur « Charlotte ! Ce que tu as grandis ! Tu as fais bon voyage ? Tu en as mis du temps ! J'ai cru que tu avais changé d'avis ! T'étais à l'étranger ? Tu n'as pas d'autre excuse possible pour avoir fait attendre ta pauvre grand mère aussi longtemps autrement. Tu as mangé ? J'ai fais des cookies, je peux aussi te faire un sandwich ! Oh il faut que je téléphone à Joshua dès que la nuit sera tombée pour lui dire que tu es ENFIN là. Il viendra de toute manière. Il vient tous les soirs depuis que je lui ai dis que tu revenais. Tu sais, il s'en est beaucoup voulu... je lui ai dis que ce n'était pas de sa faute. Les Andrews en font bien souvent à leur tête. C'est une nouvelle coupe de cheveux ? Je pourrai te faire une natte tout à l'heure si tu veux. Oh, on se fera un bon repas avec Joshua tout à l'heure... bon, on mangera toutes les deux. Mais surtout, je veux tout savoir ! Tu as tellement à me raconter ! On pourrait aussi prévoir une soirée films mais je ne vais pas pouvoir rester silencieuse plus de cinq minutes aujourd'hui. »

Cinq minutes ? Tant que ça ? Elle n'était déjà pas capable de s'arrêter de parler ! Charlie n'aurait pas l'opportunité de placer qu'elle faisait exactement la même taille ou encore qu'elle avait changé de coupe de cheveux plus d'une fois au cours de toutes ces années. Et c'est tout en la bombardant de questions qu'elle l'avait entraîné à l'intérieur. Refermant la porte derrière elles, elle avait presque cavalé en direction de la cuisine. Charlie l'avait entendu ouvrir frigo et placards. Elle lui préparait sans doute ce fameux sandwich sans attendre de réponse. Si elle n'était pas là pour une raison spéciale, elle aurait probablement sourit de retrouver la même Marlene. En fait, malgré tout, son coeur s'était réchauffé en quelques secondes.
Pourtant, c'était un sourcil levé, une moue sceptique, un regard intrigué, qu'elle portait sur son visage. Et quand elle était entrée dans la cuisine, elle avait coupé le monologue de sa grand-mère dans un « T'as l'air d'avoir la forme... pour quelqu'un de malade. ». Elle n'avait pas eu besoin de l'air d'incompréhension de sa grand-mère pour comprendre qu'elle s'était faites avoir comme une débutante. La fausse voyante avait mis quelques secondes à se rappeler qu'elle était mourante... en théorie « Oh... tu sais, aujourd'hui les médecins savent vous droguer pour donner l'illusion. », le faux air fatigué sur son visage aurait du énerver la cadette. Mais quand Marlene s'était tournée vers le paquet de pain de mie, un sourire était apparu sur le visage de la brune.
Oui, elle aurait du s'en douter.« Je voulais inviter Sean à dîner ce soir, mais ce serait sûrement mieux demain ou un autre jour. Oh Charlotte, tu vas l'adorer ! », sans un mot, Charlie avait baissé les yeux sur son téléphone pour regarder l'heure. Un peu plus d'une minute avant de jouer les marieuses, joli score. Et l'air fatigué de malade avait duré quoi ? 5 secondes ? Sa grand mère était douée pour mentir et parvenir à la faire venir, mais pas pour tenir sur la durée « Tu m'as manqué.... ». Ces quelques mots étaient sortis sans avoir besoin d'aide, comme une obligation, un sentiment qu'on ressent sur le moment et qui est obligé de s'exprimer. Marlene n'avait pas eu besoin de plus pour abandonner sa préparation de sandwich et venir de nouveau la serrer dans ses bras « Tu m'as tellement manqué à moi aussi Charlotte ! Il n'y a pas un jour où je n'ai pas voulu te faire revenir. Mais je ne pouvais... enfin bref, n'en parlons plus ! », « On n'en n'a jamais vraiment parlé... ce serait peut être le... », « Beurre de cacahuète ou poulet ? Ou les deux... t'es beaucoup trop maigre ! Tu veux du thé ? », « Bon... tu m'as manqué qu'un peu. T'as pas plutôt de la bière ? ». Evidemment, sa grand mère n'avait choisit que d'afficher un air choqué pour la bière. Ce n'était pas aujourd'hui qu'elle éclaircirait le mystère... et ce n'était pas non plus aujourd'hui qu'elle servirait une bière à sa petite-fille. Qu'elle ne s'imagine pas cependant qu'elle laisserait courir à chaque fois.
Du côté de Marlene, il y avait tellement à cacher. Beaucoup trop pour le cacher de manière correcte et beaucoup trop pour qu'elle déballe tout. Sa petite-fille aurait des doutes... dans combien de temps se rendrait-elle compte que sa grand-mère n'avait plus aucun pouvoir ? Mais, ce qu'elle ne pouvait cacher ne voulait pas dire qu'elle devrait se montrer franche sur le sujet : mentir ou éluder le sujet, c'était devenu sa spécialité. Non, dire à Charlotte que son père, pas si mort que ça, s'en était pris à elle et lui avait pris ses pouvoirs, c'était comme l'éloigner de nouveau sans la protéger pour autant.

Aujourd'hui, pour les retrouvailles, Charlie s'était contentée de laisser Marlene faire la conversation alors qu'elle se dirigeait vers le frigo pour se servir elle-même. Elle voulait bien manger son sandwich... mais le thé c'était... disons pour les personnes comme Marlene « Depuis quand tu bois des bières irlandaises ? », « J'en prends pour Sean. Il est irlandais, je pense que se rappeler son pays doit lui faire du bien. ». Donc, le mystérieux Sean avait de la bière et pas de thé.... Dans un haussement d'épaules, Charlie avait tout de même pris le produit d'Irlande pour le décapsuler avant d'en savourer la première gorgée.
« ça doit être un signe... si vous buvez la même bière. Je le savais, ils sont faits pour être ensemble ! ».
Cette fois-ci, c'était le sourcil qu'elle avait levé. Elle aurait pu lui répondre qu'elle avait pris la seule chose buvable de ce frigo mais la phrase suivante coupait toute potentielle réplique « Il est plutôt séduisant, beaucoup même. Et puis son derrière est un atout. ».
Si vous vous demandiez, c'était bien Charlie qui avait manqué de s'étouffer avec sa bière. Rien n'avait changé... c'était presque comme si elle était partie la veille. Marlene Andrews était toujours, sans aucun doute, la personnalité étrange du coin.
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Charlie Andrews - tears in my beers

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