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 LIP COOPER -- half-demon but full awesome!

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profession : propriétaire d'un bar à démons pour le côté lucratif ;; la business familiale officielle est la protection de l'équilibre entre le bien et le mal! méchants démons beware, les Cooper brothers vous surveillent!
nature : half-demon, du sang de brachnavos et de tueuse coule dans ses veines!
dons surnaturels : immortel, agilité, force et endurance décuplées, regénération rapide
MessageSujet: LIP COOPER -- half-demon but full awesome!   Lun 23 Sep - 20:22



Philip Jonah Cooper
maybe half-demon, but full awesome for sur!

surnoms ;; Lip, Coop date de naissance ;; jour et mois inconnu de l'an de grâce 1065 lieu de naissance ;; inconnu origines ;; démon brachnavos et tueuse état civil ;; célibataire pour l'éternité! orientation sexuelle ;; hétéro profession ;; propriétaire officiel de l'Artémis, bar à démons. également gardien de l'équilibre au service des Pouvoirs qui Sont personnage ;; inventé groupe ;; demons avatar ;; Jensen Ackles


— sous la surface
L’équilibre parfait entre le bien et le mal. Concrètement, ça donne quoi?
Principalement la vocation de défendre le bien coûte que coûte contre le mal… ou de s’en foutre royalement!
Homme des grands combats qui auront pour résultat de redéfinir la face du monde, Philip laisse volontiers les petits combats à d’autres. Son rôle mystique étant de préserver l’équilibre entre le bien et le mal, tout ce qui n’aura pas pour finalité de mettre en péril cet équilibre ne le concerne en rien et ça fait plutôt son affaire. Si on lui demande pourquoi, il dira simplement que bien que l’erreur est compréhensible, il n’est pas Dieu et ne peut pas, par conséquent, tout faire tout seul!  Si une moitié de lui est destinée à  défendre le bien, l’autre est faite pour se mêler de ses affaires ce qui est précisément une qualité essentielle pour être un bon gardien de l’équilibre. Si Lip devait se soucier de chaque petit problème il n’aurait pas assez de l’éternité qui est sienne pour réaliser sa mission.

Toutefois, une erreur à ne pas faire est de croire que Philip n’est qu’un gardien, que cela fait de lui tout ce qu’il est. Évidemment, sa mission est le centre de sa vie et le définit en tant qu’être vivant, mais il y a plus.
Tout d’abord il nous serait bien difficile de passer à côté de la confiance, voir même de la suffisance. En plus de neuf cents ans d’existence, on peut dire que  Lip a appris à suivre son instinct et avoir confiance en lui-même. Ayant empêché plus de fins du monde que ses doigts et ses orteils peuvent compter, difficile de ne pas se sentir capable de réaliser tout et n’importe quoi, et, surtout, de ne pas se sentir intimidé ou complètement dépassé par les événements. Lip donne la forte impression que rien ne pourra jamais le surprendre et c’est peut-être vrai… à peu de choses près disons-le. Il possède une large connaissance des forces occultes, sait utiliser la plupart des armes inventées par l’homme et ne recule devant rien, convaincu que, comme toujours, il sortira vivant de peu importe ce dans quoi il foncera tête baissée.
Intrépide mais surtout impulsif, il a le malheur d’écouter uniquement ses tripes. Évidemment, lorsqu’elles ne vous auront à peu près jamais trompé en neuf cents ans, vous aurez peut-être, vous aussi, la manie de suivre ce qu’elles vous soufflent sans vous poser de question.
D’un naturel bagarreur, recourir à ses poings est selon lui la seule solution vraiment efficace à quelque conflit que ce soit. Bien sûr, on a rarement vu un prétendant à la dictature du monde se laisser convaincre d’abandonner ses projets par le dialogue. On comprend donc le peu de foi que Philip a en cette manière de résoudre les problèmes. Néanmoins pas avare de parole, il possède ce qu’on appelle communément une grande gueule. Passé maître dans la répartie, le voir se lancer dans une énième guerre du dernier mot avec son petit frère est un spectacle à ne pas rater. Avec respectivement neuf cents et quatre cents ans de pratique en la matière, il ne faut pas s’attendre à ce que l’un ou l’autre l’emporte… On espère surtout que quelqu’un viendra les interrompre suffisamment longtemps pour qu’ils oublient ce sur quoi ils se chamaillaient. Ce qui nous amène à un trait non négligeable de Lip : l’emmerdement. Faire chier les gens qui l’entourent, de façon sérieuse ou pas, sur tous les sujets possibles et imaginables, demeure son sport préféré. Et accrochez-vous à vos petites culottes… parce que ce démon ne connait aucun repos en la matière!

Ayant son propre code de vie et d’éthique, il ne faut pas se surprendre de constater que les gens considérés comme normaux le trouvent un peu bizarre. Angoisser pour l’espèce de gros démon velu et visqueux qui vient de passer à travers la fenêtre? Non. Être tenu en haleine par la fin d’un épisode de Passions un soap tout ce qu’il y a de plus prévisible, alors ça, vous en entendrez parler jusqu’au prochain! Essayer de le tuer? Typique, pas de quoi en faire un plat. Mais se moquer de son choix de papier-peint pour le mur du fond de l’Artémis… alors là, à vos risques et périls!
Possédant également un humour bien à lui, en dehors des conneries habituelles on peut aussi le qualifier d’un peu macabre. Il faut dire qu’il en a vu des horreurs en ses centaines d’années de vie et que parler d’un rituel qui inclue une vierge, des abats de cochons et des sauterelles dans le vinaigre ne sonne pas vraiment comme une nausée pour lui. Et quand vous vous serez enfui aux toilettes pour vomir il sera du genre à hausser les épaules, agrémenté d’un : bin quoi, qu’est-ce que j’ai dit?  

Et lorsqu’il n’est pas occupé à empêcher la fin du monde ou emmerder le peuple pour se divertir, il y a toujours les épreuves de charme. Plutôt amateur de la gente féminine, il aime les femmes, oui, et au pluriel. S’attacher à une seule femme, il s’est promis il y a longtemps de ça ne pas retomber dans le panneau et il s’en sort plutôt bien jusqu’à présent. Les jeux de séductions ou les jeux tout court, Lip est dans le genre preneur si ça peut pimenter un peu sa soirée. D’une manière ou d’une autre, il préfère se mélanger à la masse et risquer de se prendre un poing dans les dents plutôt que de rester seul assis dans le noir à ruminer sur son existence sans fin. Aussi curieux que cela puisse paraître, il aime profiter de la vie bien que la sienne soit théoriquement éternelle. La joie est dans les petits plaisirs et il n’y a rien comme un tournoi de fléchettes avec une bonne bière et une jolie femme sur les genoux après avoir empêché un cercle satanique d’ouvrir un trou noir qui a pour unique but de projeter le monde aux enfers.
Mais derrière le carpe diem d’un charmeur compulsif qui cumule les conquêtes d’un soir se cache l’âme torturée d’un romantique qui ne connait que trop bien sa malédiction. Avoir éternellement trente ans est un rêve sur plus d’un plan, mais lorsqu’il n’y a personne avec qui le partager sinon son propre frère, on fait rapidement une croix sur l’amour, le vrai, celui qui décime tout sur son passage. Parce qu’une fois son œuvre accomplie, Philip est toujours là et doit vivre sur ses ruines pour les siècles et les siècles à venir…  

Au final, ami loyal et dévoué, amant parfait pour l’histoire d’une nuit ou trois, si vous n’entrez pas dans la catégorie des perturbateurs de l’équilibre entre le bien et le mal, il y a de fortes probabilités pour que vous vous entendiez bien avec lui. Pour peu que vous êtes résistants aux conneries parfois prétentieuses et patient face aux chieurs, vous jugerez Lip comme un bon vivant et quelqu’un avec qui il est plaisant de boire un coup et de s’amuser en oubliant les petits pépins que la vie nous réserve quotidiennement.


— petit cours de démonologie


Brachnavos
Description ;; Forme humanoïde, taille moyenne de 2 mètres, sa peau est de couleur rouge et ses yeux et ses cheveux sont noirs. Il interragissait principalement avec les siens, mais l'espèce est dorénavant en voie d'extinction. Ils préfèrent se mêler aux autres démons qu'aux humains.
Les Brachnavos ont la capacité de devenir immortel à condition de passer ce qu'ils nomment l'Épreuve. Une fois le portail invoqué, le Brachnavos est entrainé dans une autre dimension où il doit survivre dans un parcours aléatoire (différent d'un Brachnavos à l'autre) ou ses capacités à la survie sont mis à l'épreuve jusqu'à ce qu'il trouve et tue la Bête (également différente d'un Brachnavos à l'autre). Ne pas réussir l'épreuve signifie la mort. Une fois l'épreuve terminée, le Brachnavos est ramené dans notre dimension à l'endroit où il a invoqué le portail.
Un Brachnavos peut décider de ne pas passer l'épreuve, alors il vieillit et meurt de la même manière que les humains.
Capacités spécifiques ;; Force surhumaine. Immortalité, uniquement lorsque l'épreuve est passée et réussie. Le corps cesse de vieillir, mais un Brachnavos peut néanmoins mourir d'une blessure mortelle.


— derrière l'écran
pseudo ;; Boo âge ;; 25 ans autres comptes ;; Sean Keenan, l'irlandais tout feu tout flamme! le mot de la fin ;; faible n'est pas qu'un mot, c'est un mode de vie



Dernière édition par Philip J. Cooper le Mer 2 Oct - 15:47, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: LIP COOPER -- half-demon but full awesome!   Lun 23 Sep - 20:22


Chapitre premier – Personne n’échappe au destin

La rencontre de la lumière et des ténèbres, par deux fois, du bien et du mal, naîtra le guerrier. Il devra préserver l’équilibre du monde, s’assurer que la balance ne penche ni d’un côté ni de l’autre. Au même titre que les Pouvoirs qui Sont, ils seront, toujours.

Que de vieux mots à la signification aussi floue que le brouillard du matin, Haakon n’y porta que peu d’attention. De toute manière, comment aurait-il pu savoir que cette prophétie racontée par l’aïeule de son clan lorsqu’il était encore jeune et mortel s’adressait à lui et qu’elle ne se produirait que dans plusieurs décades?
Oubliant rapidement ces chants de grands-pères aussi vieux que les débuts du monde, Haakon grandit, passa l’épreuve que tout Brachnavos est encouragé à passer à un certain âge pour devenir immortel et foula la terre longtemps avant que ces mots ne se ravivent à son esprit par le biais de puissances supérieures dont il ignorait complètement l’existence malgré sa longue vie.
« Le temps est venu Haakon » lui dit le premier Oracle dans ce qui lui semblait être un rêve éveillé. « Des jours sombres sont en approche » poursuivit le second être mystique. « Et je suis supposé y faire quelque chose parce que? » questionna le démon sans trop comprendre de quoi il s’agissait. « De la lumière et des ténèbres naitra le guerrier » répondit le premier Oracle avec la douceur d’une comptine pour enfant. « Par deux fois, être de ténèbres, tu t’uniras avec la lumière » enchaina le second. « Et si je ne veux pas? » « Tu trouveras la lumière Haakon et tu seras incapable de lui résister. » « Enseigne au guerrier, c’est ta destinée d’être son mentor. »
Un bruit au fond de la forêt noire attira l’attention du Brachnavos et lorsqu’il ramena les yeux sur les Oracles ils n’étaient plus là. Perplexe, le démon se contenta d’attiser un peu les braises du feu qui devait le tenir chaud pour la nuit. Pourtant, il n’avait pas bu tant d’eau de vie!

Une quinzaine de minutes plus tard, la forêt palpita tout autour de lui. La vie endormie depuis des heures s’anima soudainement sous le pas précipité d’une femme qui déboucha dans la clairière tranquille d’Haakon. À bout de souffle, elle ne semblait pourtant pas effrayée, juste surprise de tomber sur quelqu’un au milieu de nulle part.
Elle s’appelait Aleena et malgré ces 779 années à parcourir le globe, c’était cette nuit-là de 1062 qu’Haakon rencontra la Tueuse, celle qu’il avait toujours supposé n’être qu’un mythe pour terrifier les jeunes démons et les plus influençables. Et si seulement cette Tueuse avait été la dernière qui croisa sa route…
Jamais Haakon n’avait été du genre altruiste, les Brachnavos étaient reconnus pour s’occuper de leurs propres affaires depuis que le monde était monde, mais il lui fut impossible de ne pas lui prêter secours. Il y avait quelque chose en elle, une force hypnotique, qui lui faisait perdre la raison. Son courage, sa bravoure, sa dévotion ; son destin était de mourir jeune, de se sacrifier pour le bien des hommes, de les protéger en donnant tout d’elle en sachant qu’elle ne recevrait jamais rien en retour, et pourtant elle lui apparaissait plus vivante que tout autre humain ayant croisé la route d’Haakon avant elle. Et il l’aida. Pendant deux ans il participa à son combat, notamment en la gratifiant de ses nombreuses connaissances en matière d’occulte, avant d’admettre réellement l’attirance infinie qu’il ressentait pour elle.
Puis, du démon et de la tueuse naquit, dans le sang et la mort, le fils qu’Aleena prénomma Philip. « Montre-lui notre combat, enseigne-lui combien il est important » furent les dernières paroles d’Aleena pour Haakon…



Chapitre deuxième – L'épreuve du guerrier

Avançant aussi silencieusement que possible, Philip tenait fermement son épée devant lui, prêt à l’utiliser au moindre frémissement qu’il lui donnerait de voir, d’entendre, ou même de sentir. Concentré, il était totalement conscient de tout ce qui l’entourait bien qu’il n’y voyait pratiquement rien. L’air de la grotte était froid, son humidité pénétrait les os du jeune homme et chaque fois qu’il respirait, il pouvait sentir la bruine se former au bout de son souffle.
Sans trop savoir pourquoi, Philip s’arrêta, les muscles tendus d’anticipation. Au fil du temps, il avait appris à faire confiance à son instinct et celui-ci lui dicta, une fraction de seconde avant que ça se produise, de braquer sa lame contre celle qui filait droit vers son cou pour lui trancher d’une oreille à l’autre. Poussant un cri primal dans lequel il allait puiser un peu plus de force, Philip repoussa son adversaire avec violence, le projetant contre la paroi rocheuse de la grotte. Il percevait à peine les mouvements qui arrivaient à se démarquer de la toile de fond par leur obscurité plus marquée, toutefois, il arrivait à contrecarré chaque tentative de son vis-à-vis de lui trancher un membre.
Ses mouvements étaient vifs, mais précis. Il savait exactement quelle dose de force employée, quelle inclinaison donner à sa lame pour être plus efficace possible, où frapper pour avoir le plus de chance de percer les défenses de son opposant.

« Tu veux un conseil, l’éternité, ça vaut pas le coup. » C’était ce que son père lui avait dit une quinzaine d’années plus tôt lorsque Philip avait assuré être prêt à passer la fameuse épreuve. Sur le coup, l’adolescent n’avait pas compris, mais il avait attendu. Son père devait craindre qu’il n’arrive pas à la passer. Un Brachnavos avait le choix, se soumettre à l’épreuve, prendre le risque de mourir, et s’il réussissait, son corps cessait de vieillir. Autrement, il pouvait simplement décider de ne pas la passer, puis vieillir et mourir comme tout autre mortel. Était-ce parce qu’il n’était qu’à moitié Brachnavos? Est-ce que ça influait directement sur la finalité de l’épreuve? Peut-être n’avait-il aucune chance de remporter la victoire en raison de sa nature mi humaine et son père se refusait uniquement à lui dire. Philip désirait plus que tout lui prouver qu’il avait tort. Il était fort, il était agile, il savait se relever de ses défaites, il pouvait passer cette mystérieuse épreuve et devenir un véritable Brachnavos malgré son sang mêlé. Et puis, c’était son choix. À trente ans faits, il était responsable de ses propres décisions quelles plaisent ou non à son géniteur.

Son père avait-il seulement remarqué son absence? Philip se baissa pour éviter un coup d’épée qui fit quelques étincelles contre le rock derrière lui. Il était plongé dans les ténèbres depuis plusieurs heures, peut-être même plusieurs jours. Son estomac criait famine et il luttait contre la fatigue depuis déjà un moment. Qu’est-ce que son père dira?
Il avait suivi les dédales du labyrinthe rocheux sans idée d’où ils menaient, sachant seulement qu’au bout du chemin se trouvait ce qu’il devait vaincre pour passer l’épreuve… et il venait vraisemblablement d’y aboutir. Roulant sur lui-même, il se décala sur la gauche, évitant un nouveau coup. Son adversaire était rapide et puissant, mais pas invincible. Tout le monde avait une tare, une faiblesse à exploiter et si Philip survivait suffisamment longtemps, il trouverait ce talon d’Achille. Un grognement animal résonna dans la caverne obscure, le déstabilisant un instant. Suffisamment pour sentir le tranchant de la lame s’enfoncer dans sa peau. Philip gronda à son tour, sa façon d’encaisser la douleur de la coupure. Il put immédiatement sentir le sang poisseux s’écouler le long de son bras. La coupure était profonde mais pas assez pour l’empêcher de bouger, uniquement le gêner dans ses mouvements. Têtu, le semi démon serra les dents, s’obligea à ignorer le pincement qui l’affligeait à chaque geste et poursuivit son combat avec acharnement.
Toujours plus vite, toujours plus fort, son manque d’énergie faisait pâle figure à côté de sa détermination. Il vaincrait cette chose, échouer n’était pas une option. Il barra, attaqua, roula, sauta un nombre incalculable de fois. Ce combat était le plus long et le plus ardu qu’il n’avait jamais connu. Ou était-ce uniquement à cause de la faim, de la soif et de la fatigue? Peut-être un amalgame des deux.
Et quand enfin son épée atteignit la cage thoracique de la bête, une lueur blanche s’échappa de la plaie, devenant de plus en plus intense jusqu’à l’aveugler complètement.

Lorsque le voile luminescent s’évanouit, Philip dut cligner plusieurs fois des yeux pour se réhabituer à la lumière du soleil. Ce ne fut qu’au bout de quelques minutes que ses yeux furent en mesure de supporter la lumière et le semi-démon prit alors conscience qu’il se trouvait face à son père.
L’expression de celui-ci était indescriptible. Il semblait perdu entre la froideur la plus totale et la pire colère que le monde n’ait jamais connue.
« Tu l’as fait. » Les Brachnavos avaient cet instinct, celui de savoir reconnaître lesquels des leurs avaient un corps mortel et ceux qui avaient réussi l’épreuve. « Sans mon accord. » Ses mots étaient dénués d’émotion et son regard vide. Comme si Haakon parlait à un mirage. « Je n’ai plus besoin de votre accord père. » Chez les humains il était considéré un homme depuis de nombreuses années, maintenant qu’il avait réussi l’épreuve il était également un Brachnavos. Si tant est qu'il avait encore des comptes à rendre à son père avant d’invoquer le passage et pénétrer dans le labyrinthe, cet état de fait était mort en même temps que la bête. Haakon s’approcha, toujours aussi placide bien que tout son corps hurlait intérieurement sa colère, et surplomba Philip de toute sa hauteur. « Tu n’es qu’un idiot fils. »
Lorsque son père lui tourna le dos à cet instant, ce fut la dernière fois, avant plusieurs décennies, que Philip eut l’occasion de voir son visage.



Chapitre troisième – Le guerrier devient gardien

Les bordels et les tavernes l’avaient toujours attiré d’une manière qu’il ne saurait expliquer. Peut-être était-ce dû à son sang de démon qui l’entrainait inexorablement vers le péché, peut-être était-il seulement un infâme pécheur incapable de résister à l’appel de la chair et de la gourmandise. Si les portes du Paradis avaient de bonnes raisons de se fermer sur son nez, eh bien tant pis. Depuis plusieurs merveilleuses semaines maintenant, Philip était libéré de la fatigue du corps qui vieillit. Les ravages du temps n’avaient plus d’emprises sur lui. Le sang de tueuse qui coulait dans ses veines le rendait plus fort, plus rapide et plus agile que s’il n’avait été que simple Brachnavos. La mort n’était ni pour demain, ni pour un autre jour. Sans compter que son père n’était plus là pour le chaperonner. Tuer, c’était tout ce qu’il lui avait appris durant trente ans. Certes, maintenant Philip était un assassin hors pair, sans conteste l’un des meilleurs toutes races confondues, mais que désirait-il, lui? N’ayant jamais été autorisé à se poser la question sous le joug de son paternel, depuis ces quelques mois de liberté dont il jouissait… il n’était pas pressé de connaître la réponse non plus!
Ce pourquoi, lorsqu’il remarqua du coin de l’œil ce vampire qui plantait discrètement ses crocs dans le cou d’une prostituée, l’immortel ne broncha pas d’un poil. Il leva sa chope et but une longue gorgée, mais lorsqu’il la reposa sur la table, un homme et une femme à la peau dorée constellée de symboles bleus se trouvaient face à lui.
« Ne fera donc tu rien? » questionna l’homme doré. « Ne t’a-t-on pas inculqué l’importance du bien? » poursuivit la femme. Incertain, Philip commença par conserver le silence. Personne autour de lui ne semblait remarquer leur présence. Dans un endroit peuplé de démons, Philip ne s’en serait pas méfié, mais dans une taverne fréquentée majoritairement par des humains, il y avait de quoi être plus intrigué par cette absence de considération.

« Et je devrais me farcir tout le travail parce que? » Les Oracles sourirent, il y avait plus de son père en lui que le guerrier voulait bien l’admettre. « Ta destinée n’est pas de t’interposer partout. » « Uniquement là où il le faut. » Philip hocha lentement et exagérément du menton, incapable de savoir si ces deux apparitions se moquaient de lui ou étaient sérieuses. « Des jours sombres sont à venir. » « Es-tu prêt à devenir ce pourquoi tu es? » Le regard du mi-démon se promena de l’un à l’autre pendant de longues secondes, de plus en plus confus. Il avait été élevé par le roi des énigmatiques, mais il n’était qu’un vulgaire amateur à côté de ces deux-là! « Hum… et je suis quoi au juste? » « L’équilibre parfait. Toi, plus que quiconque, comprends le bien fondé de le préserver » expliqua l’homme bien que du goût de Philip ça ne sonnait pas le moins du monde comme une explication. « Façonné de blanc et de noir, la balance t’incombe. » « C’est ton destin. » « C’est ton destin. »
Il plissa les yeux. C’était une farce. De son père peut-être, pour lui faire regretter d’avoir passé l’épreuve. Quoi que… non, impossible, son père n’avait pas le moindre sens de l’humour. « Ok… et je dois faire quoi? »



Chapitre quatrième – Deux fois plutôt qu'une, c'était écrit

Philip roula sur lui-même avant d’asséner un coup de talon puissant au menton de son assaillant. Ce démon Bahral avait apparemment une envie folle de déchainer les enfers sur terre. Un classique, les démons manquaient cruellement d’originalité. Un grondement échappa à la bête recouverte d’écailles et ses deux bras droits convergèrent du revers de leur main pour frapper le gardien au visage.
Gardien de l’équilibre entre le bien et le mal, en version non-énigmatique et non-expliquée par les Oracles des Pouvoirs qui Sont, c’était ce à quoi aspirait sa mission sacrée. Combattre éternellement ceux qui menaçaient de faire pencher la balance. Étrangement, les êtres diaboliques tentaient plus souvent de faire pencher l’équilibre en leur faveur que les bons samaritains… simple observation que le mi-démon avait faite au cours des siècles.
Volant à travers la pièce, le corps de Philip percuta douloureusement le mur de pierre du vieux château celte pour s’écraser lourdement sur le sol.
Dès son appel, les Croisades avaient ravagé l’Europe et le Moyen-Orient puis les guerres s’étaient multipliées, laissant les hommes négligents et les démons stimulés par le chaos ambiants. En 500 ans, Philip n’avait pas vraiment eu le temps de s’ennuyer entre empêcher la fin du monde un nombre incalculable de fois et ses visites dans les tavernes  de toutes les civilisations.
Ronchonnant son inconfort, le gardien évalua qu’il devait avoir deux ou trois côtes fêlées, mais ça ne l’empêcha pas de se redresser et de foncer à nouveau sur le Bahral qui menaçait d’ouvrir une bouche de l’enfer. Tête la première, il se servit de son épaule pour plaquer le démon au sol après un petit vol plané qui les entraina de l’autre côté du portail – encore fermé, heureusement. Avec rapidité et dextérité, Philip s’empara du poignard effilé qu’il cachait dans sa botte et trancha la gorge du Bahral qui se tenait sous lui. « Ouuh, une bonne chose de faite! » Et en se redressant, il prit soin d’essuyer sa lame sur la tunique du Bahral maintenant mort.
« Tu es devenu fort fils. »

À cette voix, Philip se figea complètement. Il ne l’avait pas entendue depuis des siècles, mais il était en mesure de la reconnaître n’importe où. Cherchant quelques secondes l’attitude à adopter, il fit volte-face en détenant son expression la plus sûre, la suffisance. « Je l’ai toujours été. » Voyant Haakon de ses yeux, Philip dut se rendre à l’évidence qu’il ne s’agissait pas de son imagination. Qui plus est, le Brachnavos n’était pas seul, une jeune femme se trouvait avec lui… une jeune femme au ventre un peu rebondi.
Au cours des siècles, le gardien était devenu sensible à ce qui l’entourait. De cette femme dégageait la force… et la vie. Elle était enceinte.
« Tu te fous de moi?! » Haakon n’était pas un père. Il était un mentor rigide, mais pas un père. S’il s’agissait d’une caractéristique commune aux Brachnavos ou si uniquement son géniteur était ainsi, difficile à dire du point de vue de Philip qui n’avait jamais croisé un autre démon de cette espèce en ses cinq siècles d’existence.
« Ça ne me plait pas plus qu’à toi, mais ils sont venus. » Philip se retint de rouler les yeux. Les Oracles, messagers des Pouvoirs qui Sont. Ils n’y avaient qu’eux pour ça.
« Ils nous ont dit que le bébé était en danger. Que les ténèbres chercheraient à le supprimer aussi vite que possible. » « Pourquoi? » « Parce qu’il est destiné à être comme toi. Je m’étais juré de me tenir loin de tout ça… mais ils m’avaient prévenu que ça se produirait deux fois. » « Génial » marmonna le gardien avec un manque considérable d’entrain, « ça me concerne en quoi que t’ais un faible évident pour les Tueuses? » « Ils ont dit que tu le protégerais. » Philip retint un soupir. Bien qu’il en voulait à Haakon pour tout un tas de choses, il ne pouvait pas lui reprocher le destin. Il savait mieux que quiconque qu’on n’échappait pas à la destinée.

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Un cri déchira la nuit et malgré l’obscurité épaisse et la pluie drue, Philip cherchait à voir tout signe de vie qui pouvait s’approcher de la cabane. Au milieu de nulle part, ils se terraient depuis des mois. Ils avaient changé de pays plusieurs fois pour semer leurs poursuivants toujours plus nombreux. À croire qu’il s’agissait de l’Hydre, ce monstre mythologique. Chaque fois que Philip arrivait à se débarrasser d’un assassin, deux autres venaient prendre sa place. La question à se poser était de savoir si une fois l’enfant né cette démence s’arrêterait. Si c’était le cas, le gardien était prêt à prier pour que le travail s’accélère. Marion hurlait, et serrait les dents le reste du temps, depuis des heures déjà. Et chaque cri était un appel pour leurs adversaires.
« Courage, il sera bientôt là. » Philip se retint de rire, Haakon n’était pas le plus doué lorsqu’il était question d’encouragements. « Ça va être encore long? » demanda-t-il plutôt pour se donner un peu de contenance. « Je ne suis pas particulièrement connaisseur » lui répondit le démon. « Il faut accélérer » soutint Philip toujours fixé sur la pluie, « j’ai un mauvais pressentiment. » « Ça ne fonctionne pas comme ça. » « Je croyais que tu n’étais pas un expert. » le Brachnavos regarda son premier né avec défi. Il n’était pas d’humeur à subir l’amertume de Philip en ce moment. « Néanmoins plus que toi » rétorqua-t-il sèchement question d’avoir le dernier mot. « Combien de plus? Un? Qui s’est plutôt mal terminé il me semble! » « La faute à qui? » Philip accusa le coup et accorda le point. Il n’était peut-être que là le nœud du problème entre eux. Il avait tué sa mère en venant au monde et son père n’avait jamais été en mesure de lui pardonner en près de cinq cent ans…

Marion hurla à nouveau et Haakon reporta son attention sur elle. Quant à lui, Philip plissa les yeux comme si ça allait l’aider à percer la pluie et l’obscurité. Peine perdue, il ne voyait rien du tout sinon le flou plus sombre des arbres environnants. Et malgré l’absence totale de mouvements suspects, le gardien demeurait sur ses gardes. Ses tripes le travaillaient de cette façon particulière, celle qui signifiait du danger à l’horizon, et Philip avait une confiance aveugle en son instinct.
Incapable de demeurer statique plus longtemps, il se mit à arpenter l’unique pièce de la cabane minable qu’ils s’étaient permis de squatter durant les derniers jours. Il jeta un œil à l’entre-jambes de la Tueuse et regretta immédiatement son geste. Quiconque disait que donner la vie était le plus bel acte au monde était un fou!
Tournant au 180 degré pour relancer un arpentage de la pièce, il se figea brusquement, les sens en alerte. Et il sentit le craquement un poil de seconde avant de l’entendre. La porte, tout juste dans son dos, vola en éclats et trois vampires pénétrèrent dans le refuge. « Tu vois! » grogna Philip, agacé, « je t’avais dit que ce n’était pas une bonne idée! » Il repoussa le premier vampire d’un coup de pied solide dans l’estomac, s’adressant évidemment à son géniteur qui avait insisté pour se trouver une cabane abandonnée au milieu de nulle part. Le problème avec cette tactique, bien que discrète, était l’absence de propriétaire. Les vampires n’avaient pas besoin d’une invitation à entrer.

« Donnez-moi un pieu » intima Marion, prête à se lever pour combattre. « Pas question, tu restes là et tu t’occupes de ce que t’as à faire » ordonna Philip à la jeune maman en devenir. Il retint le deuxième vampire qui voulut lui sauter à la gorge par les bras, s’arrêtant de reculer une fois le dos plaqué contre le mur. D’un pivot puissant, il lui fit perdre l’équilibre et le vampire s’affala au sol ce qui permit à Philip de se munir d’un pieu qu’il planta d’un mouvement expert dans le cœur du mort-vivant.
Des deux autres vampires, un était aux prises avec le grand Haakon qui n’avait aucun mal à surplomber le suceur de sang de sa taille de géant. Marion hurla pour expulser une nouvelle contraction avant d’abattre un poing solide au visage du troisième vampire qui cherchait à la mordre. Celui-ci recula d’un pas, légèrement sonné avant de refaire une tentative que Philip arrêta en l’attrapant par le col et le propulsant sur le mur du fond. Pendant qu’Haakon roulait au sol avec son vampire, Philip échangea quelques coups avec le sien, arrivant à repousser ses défenses suffisamment longtemps pour le désintégrer. Lorsque la poussière retomba, il lança son pieu à son géniteur et se précipita au chevet de Marion qui criait de plus belle.
Le paternel occupé, Philip n’eut d’autre choix que de cueillir le bébé dans ses bras. Au même moment, Haakon achevait le dernier vampire, revenant ensuite auprès de Marion qui expirait tout son soulagement. Sous le choc, Philip n’osait brocher d’un pouce, observant ce petit être complètement fragile qui venait de naître.
« Wow. »



Chapitre cinquième – Le sortilège maudit qu'on appelle l'amour

« En pleine révolution, quoi de plus surprenant! » Pour changer de d’habitude, il était question de fin du monde. Ou plutôt, la fin d’un monde et lorsque celui-ci serait annihilé, les responsables passeraient au leur. C’était ce que les Oracles leur avaient annoncé quelques jours auparavant. Question de devancer un peu le sort de leur monde, Philip et Zachariah avaient décidé de sauter à pieds joints dans cette autre dimension pour y combattre directement ce nouvel adversaire. Un seul problème, il fallait trouver le moyen d’entrer dans cette autre dimension et si nos deux gardiens s’y connaissaient plutôt bien en invocations diverses, cette fois-ci ils n’étaient pas de taille, il leur fallait une source puissante de magie pour y parvenir et c’était cette puissance qu’ils étaient venus chercher en Caroline du Sud au beau milieu de la guerre d’Indépendance. « On aura du bol s’ils nous ouvrent la porte » continua de marmonner Philip en frappant quelques coups secs mais francs. Il fallut quelques minutes, les minutes nécessaires pour quitter quelque pièce que ce soit et arriver à la porte d’entrée étant donné la taille de la maison, avant que le gardien perçoive du mouvement derrière le fin rideau blanc qui masquait la fenêtre près de la porte en bois massif. Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit timidement sur une domestique. « Vous désirez Messieurs? » « Nous entretenir avec Elijah Andrews s’il vous plait » demanda poliment Philip. Elle les fit entrer, les dirigea vers un petit salon d’invités et leur pria de patienter. Monsieur Andrews n’était pas présent aujourd’hui, mais son fils viendrait les voir dès que possible. « Tu crois qu’il y aura du thé et des sablés? » s’amusa l’ainé des gardiens. « J’espère, tu viens de me donner faim à en parler » lui reprocha Zachariah.

« Bam bam! Méchants anglais! » s’éleva une voix juvénile de derrière un canapé aux motifs fleuris. « Oh oh, je me rends, ne me tuez pas! » rigola Philip en levant les mains au ciel. Un enfant d’environ quatre ans sortit de sa cachette, un pistolet de bois, un jouet, brandit sur les deux frères. « Vous êtes des anglais? » demanda innocemment le gamin. « Non soldat » assura Philip tout sourire. « Je suis français » répondit Zachariah avec un accent parfait, ce qui donna naissance à une grimace. Le cadet des gardiens plissa les yeux, cet enfant était d’une impolitesse. « William! William n’importune pas nos invités! » le gronda une voix. Le pas marqué de talons sur le parquet indiqua une femme en approche. De convenance, Philip et Zachariah se levèrent au moment où elle pénétra dans la pièce, l’enfant allant vers elle, la mine désolée. « Pardon mère. » « Va t’amuser dans le jardin veux-tu. » « Oui mère. » William s’en fut à la course et la jeune femme porta son attention sur les deux hommes toujours debout. « Un bon garçon que vous semblez avoir là madame » introduisit Philip. « Merci. Prendrez-vous du thé en attendant mon mari? » « Volontiers. » Elle leur offrit un sourire candide avant de quitter la pièce et le gardien souligna une expression gourmande à son cadet. « Ils savent recevoir ici! » « Tu crois qu’ils sauront nous aider? » « Sûrement, les Oracles ne nous auraient pas envoyé ici autrement, pas vrai? » Zachariah approuva du chef en se rassoyant et dut se relever quelques secondes plus tard lorsqu’Andrews junior entra dans la pièce d’un pas vif.
« Messieurs, on m’a dit que vous vouliez parler avec mon père? Je me nomme Edward. » « C’est exact » répondit Zachariah. « D'une affaire de la plus haute importance » précisa Philip. « Et quelle est-elle? » « Dans le genre délicat. » « Le genre où le sort du monde est en jeu. » Edward les jaugea suffisamment pour se demander à quoi ils jouaient, puis sembla comprendre de lui-même, ce qui intrigua les frères quelque peu. Ils s’attendaient à devoir s’expliquer davantage pour être convainquant. « Vous êtes eux n’est-ce pas? » « Ça dépend de qui sont-ils » ironisa légèrement Zachariah.
À ce moment, la femme d’Edward revint dans la pièce, portant un service à thé et des biscuits sur un plateau. L’étincelle gourmande de Philip revint à la charge mais fut de courte durée. « Emily, ce sont eux. » La jeune femme se brusqua alors dans ses gestes, posant le plateau un peu plus brutalement qu’elle ne l’aurait voulu sur la table basse. Une fois redressée, elle les dévisagea l’un et l’autre en s’attardant trop pour la bonne convenance. « Oui, ce sont eux » renchérit-elle pour confirmer les dires de son mari. « Nous vous attendions messieurs. » Perplexe, les deux frères échangèrent un regard avant de le reporter sur le couple Andrews. « Ah bon? »

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« Ce n’est pas de mon père dont vous avez besoin » assura Edward après que les frères aient raconté avec plus de précision de quoi il retournait. Tasse de thé dans une main et sablé dans l’autre, Philip fronça les sourcils. Les Oracles ne les auraient jamais envoyé sur une fausse piste, ils n’avaient pas ce mauvais sens de l’humour. En fait, ils n’en avaient aucun. « Nous sommes en vérité une famille de sorciers plutôt quelconque » admit Edward, « ou plutôt, nous étions, jusqu’à ce qu’Emily devienne une Andrews. » Ce disant, il posa une main aimante sur celle de sa femme qui sourit. «  Il faudra attendre le retour de mon père, il saura comment ouvrir votre portail, il sera de retour dans deux jours. » « Bien » fit Zachariah satisfait. « Serait-ce trop vous importuner que de demander votre hospitalité durant ce temps? » s’enquit Philip avec charme. « Non, bien sûr que non! Emily, veille à ce que Margaret prépare des chambres pour nos invités. » « Avec plaisir. »
Philip sourit grandement en attrapant un énième sablé, puis croisa le regard pas aussi enthousiasme de son cadet.

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« Plus bas, autrement tu vas finir par te faire écorcher vif » sermonna Philip dans le jardin plus tard dans l’après-midi. Ils avaient décidé d’utiliser ce temps libre pour s’entrainer un peu bien qu’ils n’en avaient pas réellement besoin. L’ainé venait de battre l’air d’une épée et Zachariah avait évité l’attaque en se penchant vers l’avant. Trop peu au goût du plus vieux. « J’ai encore toute la peau du dos que je sache, non? » Philip plissa les yeux sous la moquerie, répétant son geste en frôlant son petit frère. « Plus bas j’ai dit. » Zachariah rigola et Philip sourit, les deux hommes se lançant alors dans un concert d’attaques et de parades finement exécutées. Leurs gestes étaient puissants, violents, mais incroyablement contrôlés. Normal puisqu’ils pratiquaient cette activité depuis des dizaines de décades.  
La chaleur de Caroline du Sud les avait poussés à se départir de leur chemise, rendant leur entrainement d’autant plus dangereux pour un œil externe, mais pas tout à fait. En vérité, il n’y avait que peu de risque que l’un blesse l’autre en raison de leur grande expérience du combat.
« Prendrez-vous des rafraichissements? » s’enquit Emily en arrivant avec un cruchon de limonade un peu plus d’une heure plus tard. Les deux hommes en sueur mirent fin à leur échange de coups et acceptèrent l’offre sans se faire prier. « J’ai commencé à regarder les grimoires de mon beau-père tout à l’heure » annonça Emily en leur servant chacun un verre de limonade. « Toute cette histoire est tellement importante, je me suis dit que gagner du temps était non négligeable. Il y a quelques textes en ancien sumérien qui me pose toutefois problème. » « Je connais bien le sumérien, je pourrai venir vous donner un coup de main après m’être décrassé un peu. » « Ce serait gentil à vous. » Le gardien et la sorcière se sourirent et Zachariah se rembrunit instantanément. « On doit se préparer Lip » tenta son frère. « Je m’entraine depuis sept cents ans Zach, ce n’est pas trois heures qui vont changer quelque chose, tu penses pas? » « Madame Andrews » appela la domestique. « J’arrive Margaret. Eh bien, je vous laisse messieurs. » « Je viendrai vous aider avec le sumérien dans une vingtaine de minutes » assura Philip. La jeune femme se contenta de sourire à nouveau avant de s’éclipser et l’ainé se tourna vivement vers son cadet. « C’est quoi ton problème? » « J’aime pas ça » « Pas quoi? » « Ça. Elle. J’ai l’impression qu’on ne doit pas lui faire confiance. Quelque chose de puissant dort en elle. » « Ouais, c’est une bonne chose, elle nous sera utile. » « Non, pas une bonne chose. Y’a quelque chose de noir en elle Lip. » « Comme en toi et moi » dédramatisa l’ainé. « Tu as l’air de bien l’apprécier. » « Elle est gentille… et jolie. » « Et mariée. » « Je n’ai rien fait de mal petit frère! … pour l’instant. » Zachariah retint un soupir. Ils n’étaient pas des saints, ils étaient à moitié démon après tout, mais il sentait que cette fois-ci plus que toutes les autres, son frère ferait mieux de s’abstenir à écouter ses bas instincts.

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« C’est hallucinant. Vous connaissez tant de choses, avez vu tant d’endroits » s’émerveilla Emily. Le matin poindrait dans quelques heures que Philip et elle n’avaient pas quittés le bureau d’Elijah Andrews de la nuit. Recherchant des textes qui parlaient de ce fameux portail et discutant au travers de tout ça. « J’ai vécu longtemps » se contenta de dire Philip avec modestie. « Ce doit être fabuleux. » « Dangereux, surtout, mains intéressant oui. Du moins, au début. Au bout du compte, le monde se ressemble beaucoup d’un endroit à un autre vous savez. » « J’aimerais en voir plus. Je ne connais qu'ici. »
Philip eut un air attendrit. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas croisé quelqu’un d’aussi passionné par ce que le monde avait à offrir. Les gens se contentaient règle générale de vivre leur vie sans aller au-delà. Lui-même avait cessé d’être impressionné  depuis quelques siècles maintenant. « Vous vous sentez seul? » « Pardon? » « Ma question est inconvenante, mais je me demandais… à avoir vécu tous ces siècles, vous devez vous sentir terriblement seul. » « Non, j’ai Zachariah. » « Mais il est votre frère. N’avez-vous jamais été amoureux? » « Une centaine de fois au moins » s’amusa Philip en tournant la page de son vieux volume poussiéreux. « Sérieusement, je veux dire.»

Son regard ambré le pénétra d’une drôle de manière. Jamais personne ne l’avait regardé ainsi durant sa longue vie.  Dans ce regard, le doute n’avait cure. « Non, jamais. Je suis immortel, les femmes non. C’est mieux pour tout le monde de ne pas y mêler de sentiments. » « Mais l’amour ne se contrôle pas! Son brasier s’enflamme sans prévenir et brûle tout sur son passage » s’exclama-t-elle avec ferveur. « Et vous parlez en connaissance de cause je présume. C’est ce que vous vivez avec Edward. » Ce n’était pas une chose qu’un homme se serait permis de dire en temps normal, mais Philip avait ses convenances bien à lui. Certaines barrières perdaient de leur sens après quelques siècles de vie. « Non… pas vraiment » admit la jeune mère. « Edward est un homme merveilleux et je l’aime beaucoup mais… » « Il n’y aurait pas de mais si vous ne faisiez que l’aimer. » La brune baissa le menton en accord, comme un enfant prit en faute. « Nous nous connaissions depuis toujours, il disait m’aimer et lorsqu’il m’a demandé de l’épouser, j’ai dit oui. Tout simplement. » « Mais laissez-moi deviner,  il n’y a aucun brasier qui vous consume de l’intérieur? »  Emily fit non de la tête et Philip n’ajouta rien, reprenant sa lecture.

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« Il en est hors de question! » tempêta le doyen Andrews dès son retour deux jours plus tard. « Père, ces hommes ont besoin de notre aide. Le sort du monde en dépend. » « Qu’ils disent! Ce qu’ils veulent, c’est pervertir les pouvoirs de ta femme Edward, ne le vois-tu pas?! » Docile, Emily se priva de répondre. Il aurait été déplacé de se mêler d’une conversation entre hommes bien qu’elle se savait capable d’ouvrir le portail qui permettrait à Philip et Zachariah d’accomplir leur mission. « Monsieur, loin de nous l’idée de mettre votre belle-fille en danger » interrompit Philip avec aplomb. « Nous savons ce que nous faisons. » « Bien sûr, ça ne vous fait pas peur à vous, souillure de la nature que vous êtes! » « Père! » « Ne te voile pas la face mon fils, ils ont été engendré par le démon. » Les frères accusèrent le coup, ne pouvant qu’admettre la vérité. Ils étaient à moitié démon, ils ne pouvaient pas le changer. « Sortez de ma maison, sortez! Allez trouver une autre famille à noircir de vos desseins démoniaques! »

Les frères n’eurent pas vraiment le choix de plier bagage et aller se réfugier à la taverne la plus proche où ils louèrent une chambre. « On est mal. » « Je sais. » « On va faire quoi maintenant? » « Laisse-moi réfléchir cinq minutes d’accord! » « Je vais me boire une bière. Tu veux quelque chose? » « Non, ça va, je vais te rejoindre tout à l’heure. » Le cadet quitta la chambre et Philip extirpa de son unique sac contenant tout ce qu’il possédait un petit livre qui avait souffert du temps beaucoup plus mal que lui. La réponse était juste ici, mais ils n’avaient pas les pouvoirs nécessaires pour y arriver. Il leur fallait une sorcière. Une puissante sorcière.  

Ce fut des coups frappés à la porte qui le sortirent de sa transe de réflexion. Il avait épluché dans son esprit chaque sorcière qu’il connaissait dans le pays. Aucune ne faisait l’affaire et un conglomérat était trop instable pour ce qu’ils avaient à faire. Se levant du fauteuil où il s’était assis un bon moment auparavant, Philip alla ouvrir la porte, se retrouvant face à face avec une personne encapuchonnée d’une longue cape noire. Lorsqu'elle se découvrit, Philip écarquilla les yeux de surprise.
« Emily? » « Je… puis-je entrer? » Le gardien s’empressa de s’effacer, lui accordant silencieusement sa demande, puis referma la porte. « Que faites-vous ici? Je doute que ce soit avec l’accord de votre beau-père. » « Il est rigide et trop têtu pour son propre bien » se permit de juger Emily sur un ton libéré, comme si elle retenait cette pensée depuis des années. « Je peux vous aider. » Elle s’avança, se rapprochant de Philip qui déglutit. « Je veux vous aider Philip. » « C’est risqué. Et toute seule vous n’aurez pas la force de maintenir le portail ouvert. » « Je viendrai avec vous, je l’ouvrirai à nouveau de l’autre côté. » « C’est encore plus risqué. » « Je sais que vous ne laisserez rien m’arriver. Ai-je tort? »  
Sa main se leva d’elle-même, venant caresser la peau douce de sa joue. Cette femme n’était pas une sorcière, elle était une ensorceleuse. Il ne s’était pas senti ainsi auprès d’une femme depuis… ce n’était jamais arrivé en sept cent ans. « Vous risquez de vous mettre votre famille à dos Emily. Je ne peux pas vous laisser faire cela. » Elle posa délicatement sa main sur la sien, le contact de leur peau devenant électrique. « C’est trop tard pour ça. » L’air se raréfia de manière inexplicable et un magnétisme déconcertait attirait Philip vers ses lèvres sans qu’il ne puisse lutter.
Ce fut à cet instant que la porte s’ouvrit à la volée sur Zachariah. « Lip tu… oh. Je dérange peut-être? » L’ainé remit de la distance entre son visage et celui d’Emily, tournant le sien en direction de son cadet son regard disant clairement : à ton avis?!

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Ça ne plaisait pas du tout à Zachariah d’amener Emily avec eux, mais il avait fini par reconnaître que c’était le meilleur moyen d’arriver à empêcher la fin de leur monde le plus tôt possible. Et puis, avec de la chance, ils arriveraient peut-être même à prévenir la fin d’un autre. De quoi faire joli au curriculum des gardiens de l’équilibre, pour sûr!
Les deux hommes avaient rassemblé tout ce qui était nécessaire à la préparation du sortilège qui ouvrirait le passage, en double, afin de pouvoir revenir rapidement dans leur monde au besoin. Depuis près de dix minutes, Emily psalmodiait des mots dans une langue qu’elle ne connaissait pas sans le moindre signe d’un portail. Ça et la fatigue visible qu’elle démontrait à essayer ne mettaient pas le cadet en confiance. « C’est trop long. Elle n’est pas assez forte. On a besoin du reste de sa famille. » « Elle peut le faire, laisse-lui le temps. » « Qu’est-ce qui te rend si confiant? » « Qu’est-ce qui te pousse au contraire? » Zachariah n’ajouta rien. L’instinct. Celui-là qui ne les trompait jamais. Celui-là qui n’était que très rarement en désaccord d’un frère à l’autre. Ce n’était arrivé qu’une fois depuis que Zachariah était né. Et les frères ne s’étaient pas adressés la parole pendant la cinquantaine d’année suivante. Il espérait que cette fois-ci serait différente.
Soudainement, un éclair traversa la pièce, pénétrant Emily de part en part sans que cela ne l’empêche à poursuivre ses paroles. Au contraire, cela sembla amplifier leur force. Sa voix devint plus vigoureuse et les mots donnèrent l’impression d’être prononcés d’eux-mêmes. Pendant quelques secondes, les yeux de la sorcière se noircirent complètement. Zachariah voulut sonner la fin de la tentative de cet argument, mais le portail s’ouvrit alors devant la jeune femme qui retrouva instantanément un aspect normal. Philip empoigna son sac de voyage, le hissa sur son épaule et alla ensuite aider Emily a se remettre sur ses pieds. « Zach, on se bouge allé, c’est pas le moment de bâiller aux corneilles! » Le plus jeune se remua un peu, attrapa son propre sac de voyage et après un regard avec son frère, ils passèrent le portail d’un geste parfaitement coordonné.

Une fois de l’autre côté, le portail se ferma sans attendre et Emily s’écroula, comme si sa force était disparue en même temps que le passage. Philip la soutint grâce à ses réflexes, l’empêchant de peu se s’écraser sur le sol terreux. D’un regard, Zachariah sonda l’horizon. La végétation ne ressemblait à rien qu’il connaissait. « Lip, t’as déjà vu ça? » « Emily, Emily je sais que vous êtes fatiguée mais ce n’est pas encore le moment de se reposer. » Zachariah roula les yeux. C’était précisément pour ça qu’il n’était pas chaud à l’idée que la sorcière les accompagne. Elle allait être un poids inutile pour le reste de l’opération. Ils n’avaient besoin d’elle que pour entrer et sortir. « Reste avec elle, je vais faire un tour de reconnaissance. » Philip regarda à peine son petit frère, approuvant seulement l’idée du menton avant que le cadet ne largue son sac à côté d’eux et parte faire son tour.
L’ainé posa également son sac, puis se pencha pour cueillir Emily dans ses bras. Il la porta jusqu’à un arbre - du moins cela devait en être un dans ce monde - lui appuyant le dos contre le tronc, avant de ramener les bagages à leur tour. Emily inspirait et expirait bruyamment comme si elle avait couru de nombreux milles alors qu’elle n’avait fait que quelques pas. « Ça va aller? Vous avez besoin de quelque chose? » « Non, ça va passer… je crois. Je suis désolée, je vous empêche de faire ce pourquoi nous sommes venus. » « Zach fait la fine bouche, mais on aurait commencé par une reconnaissance quand même vous savez » la rassura Philip. « Merci pour ce que vous faites. C’est très important. » « Je ne m’en doute que trop bien. »
Son ton énigmatique intrigua rapidement le mi-démon. Elle avait employé le même lorsqu’ils s’étaient présentés à son mari et à elle quelques jours plus tôt. « Comment saviez-vous que l’on viendrait vous demandez votre aide? » « Je l’ai rêvé. D’horribles cauchemars qui me hantaient depuis plusieurs semaines. Toutes les personnes que j’aime mourraient autour de moi, puis je me sentais poursuivie sans aucun moyen de lutter contre ma propre fin. » Son regard se perdit doucement dans le vague et Philip la trouva plus magnifique que jamais. « Parfois il y avait cet homme qui se portait à mon secours. C’est étrange parce que je n’ai jamais vu son visage, mais à ses côtés je me sentais en sécurité, comme si rien ne pouvait m’atteindre. Je crois que je suis tombée amoureuse de cet homme sans visage… et... je crois qu’il s’agissait en réalité de vous, Philip. » Fronçant les sourcils, le gardien la dévisagea profondément, cherchant la faille, cherchant le doute, mais il n’en trouva aucun. Et quelque chose se mit à brûler dans sa poitrine, quelque chose qui aurait mieux fait de demeurer éteint.
« Je commence déjà à me sentir mieux » sourit Emily, changeant de sujet d’une main de maître. « Cet endroit est fort en magie, c’est comme s’il m’abreuve d’énergie. C’est stupéfiant. » « Et plutôt pratique » s’égailla Philip. « Je crois qu’il me sera plus facile de nous ramener dans notre monde. » « Bien. » Un silence s’en suivit pendant lequel Philip cherchait que dire et, accroché dans son regard sans fond, rien ne vint.



Dernière édition par Philip J. Cooper le Mer 2 Oct - 20:14, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: LIP COOPER -- half-demon but full awesome!   Dim 29 Sep - 16:33


Chapitre cinquième (suite) – Le sortilège maudit qu'on appelle l'amour

« Quelque chose de sombre est à l’oeuvre là-haut » annonça Emily près de trois jours plus tard en observant le haut d’une falaise de ce regard absent qui ne disait rien de bon à Philip. De fil en aiguille, leur traque les avait conduits au pied de cette falaise sans que le gardien ne comprenne trop comment ni pourquoi. Une grande partie de tout ça était dû à Emily et cet instinct étrange qu’elle avait de sentir la magie oeuvrer autour d’elle. Ce monde était bien différent du leur, ici, Emily semblait plus puissante qu’elle n’avait jamais cru pouvoir l’être. Zachariah était méfiant, trop méfiant du goût de Philip dont le sixième sens lui soufflait de faire confiance à la sorcière. Et Philip était trop peu méfiant du goût du cadet. Sur le sujet de cette femme, ils devraient être d’accord sur le fait qu’ils n’étaient pas d’accord.
Mais peu importe, ils étaient là à présent et Emily leur disait que quelque chose de malfaisant se trouvait là-haut. Philip leva la tête d’un même geste que son frère, les deux hommes sondant la crête de la falaise avec attention. Elle était déserte et rien ne laissait transparaitre le contraire. « Il n’y a sans doute rien là-haut » tenta le plus jeune des mi-démons. « Tu es prêt à prendre le risque petit frère? » Autant Zachariah n’y croyait pas du tout, autant Philip y croyait dur comme fer. La question cruciale était de savoir lequel des deux avait raison. Le cadet observa encore un peu le sommet avant de soupirer profondément. « D’accord on y va. Mais que tous les deux! » S’ils devaient gravir ce sommet avec Emily en prime, ils ne s’en sortiraient jamais. Surtout qu’il n’était question que de jeter un coup d’oeil. « Très bien » accorda Philip en se délestant de son sac. « On prend que le strict nécessaire, ça ira plus vite. » « Pour une fois, on est d’accord! »
Les deux frères échangèrent un sourire complice. Zachariah fouilla son sac à la recherche de quelques armes et Philip se tourna vers Emily. « On ne sera pas trop long » lui assura-t-il doucement. « Vous croyez que ça ira pour vous? » « Oui, je peux rester ici toute seule, ça ne m’effraie pas. » Philip arqua un sourcil et Emily inclina le menton, lui donnant le point. « Ça ne m’effraie pas trop » reformula-t-elle. Il sourit de nouveau, fouillant dans son sac pour en sortir une dague à la lame magnifiquement ciselée de symboles plus vieux que lui. « Prenez ceci. » Il lui tendit le manche et la sorcière s’en saisit avec une incroyable délicatesse. « Je me sentirai mieux si je vous sais en mesure de vous défendre. » « Merci. » « Lip, plus vite on y va, plus vite on sera revenu » intervint Zachariah en passant un troisième poignard à sa ceinture. « Oui, on y va. » L’ainé planta son regard dans celui de la jeune femme quelques secondes supplémentaires pendant que son cadet amorçait son ascension de la falaise. Un instant, il chercha quoi dire, puis laissa tomber l’idée de prononcer quoi que ce soit. Il passa un sabre dans son dos, un poignard à sa ceinture et emboita le pas à son frère qui se trouvait déjà à quelques mètres de hauteur.

Il ne fallut que quelques gestes habiles et rapides à Philip pour rejoindre son petit frère qui avait pris une allure plutôt lente question de lui laisser une chance de le rattraper. Puis, lorsque l’ainé arriva à sa hauteur, ils se mirent à escalader la paroi à la même vitesse, soit trop rapidement pour qu’un humain puisse les suivre, mais sans employer leur plein potentiel par risque de se casser le cou d’une fausse manoeuvre. Il y avait peu de chance que ça arrive, mais pourquoi prendre un risque aussi idiot?
« Tu t’attaches un peu trop à cette fille » fit Zachariah à la mi-ascension. « Je peux savoir de quoi tu parles? » s’injuria presque Philip, bourré de mauvaise foi. « Joue pas au con avec moi tu veux, je te connais trop par coeur. Cette fille te plait et beaucoup trop. Je t’ai jamais vu comme ça. » « Ouais bha figures-toi que moi non plus » finit par admettre le plus vieux. « C’est pas comme si j’y contrôlais quelque chose. Tu devrais comprendre ça, non? » Le cadet accusa le coup, son visage se fermant l’espace d’une bonne minute dans laquelle ils grimpèrent en silence. « Fais juste… Sois prudent d’accord. » « T’inquiètes pas pour moi petit frère. » Depuis trop longtemps, Philip n’avait plus vingt ans. Il n’allait pas faire l’erreur de s’enfoncer dans une relation vouée à l’échec qui le détruirait pour les siècles à venir. Son frère l’avait fait et il n’osait pas imaginer ce que c’était comme poids à porter. En sept cents ans, le gardien s’était abstenu de tomber amoureux, ça n’arriverait pas maintenant, pas après avoir vu son père porter deux fois le deuil d’une femme, pas après avoir vu Zach dans le même cas. Il était plus intelligent que ça pas vrai?

Lorsqu’enfin ils atteignirent le sommet une bonne quarantaine de minutes plus tard, les deux hommes basculèrent du vide pour se retrouver enfin sur la terre ferme de la crête de la falaise. S’y trouvait ce qui semblait être des hommes en cape, cinq, en cercle, assis jambes croisées, se tenant les mains. Ils ne semblaient pas avoir remarquer la présence nouvelle des frères qui échangèrent un regard circonspect. Zachariah empoigna une dague de chaque main et Philip fit basculer son sabre devant lui. Ils s’approchèrent du cercle lentement, sans un bruit, en firent la révolution deux fois pour se rendre à l’évidence que ces gens étaient totalement fermés au monde qui les entourait. « T’en penses quoi? Méditation ou un truc du genre? » « Ils ont l’air comme ça depuis un bail. Un rituel quelconque? » Zachariah se pencha en avant, s’appuyant sur ses genoux pour dévisager l’un d’eux avec plus d’attention. Un visage reptilien, sans paupière, le fixait et ne le fixait pas tout à la fois. Tentant le tout pour le tout, le jeune gardien posa un index sur le reptile pour le pousser avec suffisance. Le méditant ne broncha pas, ne réagit pas et Zachariah eut un petit rire. « Ce sera sûrement le combat le plus facile de l’histoire des fins du monde. » « Attend, ça veut pas forcément dire que c’est eux qu’on cherche. Peut-être qu’ils méditent vraiment » supposa Philip en se penchant sur un autre reptile. Il observa son visage avec attention pendant plusieurs secondes, puis, soudainement les pupilles  se fixèrent sur lui au même moment ou une main écailleuse vint serrer son cou. « Je crois pas qu’ils méditent » déclara Zachariah en se reculant vivement pour éviter de subir le même sort que son frère.

Le cercle se brisa et pendant que Philip gronda quelque chose d’inintelligible en raison de son manque flagrant d’air, Zachariah dut faire face aux quatre autres reptiles apparemment peu content de s’être faits interrompre dans leur invocation de fin du monde. Le cadet commença par les repousser les uns après les autres pour se donner un peu d’espace de manoeuvre.
De son côté, la tendance rouge du visage de Philip commençait à tourner au bleu. Incapable de se saisir correctement de son sabre, le gardien finit par attraper une pierre qu’il fracassa sur le crâne de son assaillant. Une fois. Deux fois. Trois fois. Jusqu’à ce que la cervelle du reptile devienne de la bouillie pour chat. « Lip! Un coup de main serait trop demandé? » Philip délaissa le fruit de son instinct primitif de survie de côté et attrapa le capuchon d’un autre reptile qui s’apprêtait à foncer sur son petit frère déjà aux prises avec deux autres. Rapidement, les gardiens se retrouvèrent dos à dos, encercler par les quatre adversaires restant. Ils portèrent plusieurs coups, se faisant répondre de manière toute aussi agressive. « Pourquoi ils ont toujours des griffes, tu peux me dire?! » laissa échapper Philip lorsque l’un des reptiles arriva à lui déchirer la manche et entailler le bras au passage. D’un geste vif et précis, Zachariah lança l’une de ses dagues qui se ficha dans la poitrine d’un autre. Celui poussa un sifflement aigu et perçant, ce qu’ils supposèrent être un cri de douleur, avant de s’effondrer sans vie sur le sol. « Plus que trois. » « Hey, je te paris qu’ils savent pas voler! » Les frères échangèrent un regard pétillant à cette remarque de Philip. De concert, ils empoignèrent un autre démon, chacun par un bras, et le tirèrent de toutes leurs forces vers le précipice dans lequel le reptile s’engouffra. « Nop, ils volent pas » ajouta Philip avec une teinte d’amusement.

Il n’en restait maintenant plus que deux. Un chacun, la lutte semblerait ainsi plus égalitaire. Les frères se remirent dos à dos par principe de se couvrir mutuellement les arrières. « Alors les gars, il y a la manière douce et la manière forte » fit Zachariah sans grand espoir que son appel, sarcastique de toute façon, à la paix soit entendu. Les deux reptiles leur foncèrent dessus et les gardiens se jetèrent de nouveau dans la bataille échangeant rudement coup sur coup. Si le cadet opta pour entailler autant que possible la peau écailleuse de son vis-à-vis, Philip préféra plutôt un nouveau vol plané. Du moins le tenta-t-il. Au moment de balancer son adversaire dans le vide, celui-ci se saisit de ses poignets à l’instant ou ceux-là lâchaient prise. « NON LIP! » Le cri de Zachariah accompagna un arrêt complet de ses mouvements. Il se reçut un solide revers de griffes sur le menton et recula de quelques mètres, échouant lourdement au sol. Une rage nouvelle s’empara alors de lui et le gardien se redressa, poussant un grondement bestial en se jetant sur le seul qu’il pouvait dorénavant tenir pour responsable de la mort de son frère.

À tout juste trois mètres du sol, Philip avait les yeux fermés, prêt à affronter le millième de seconde où il sentirait son écrasement sur le sol rocailleux. Toutefois, cet instant ne vint jamais. Après une dizaine de secondes, il dut accepter l’idée qu’il était toujours en vie. Comment, était la question à se poser. Il ouvrit les yeux, rencontrant le visage d’Emily pas si loin du sien. Se trouvant sous lui, les bras tendus, elle semblait en phase de concentration profonde, le tout mêler à de la peur et aussi du soulagement. « Je… vous… c’est vous qui faites ça? » s’assura Philip. Il lui aurait été surprenant d’apprendre sept cents ans plus tard qu’il avait la capacité de flotter dans les airs! « Je crois » répondit la sorcière visiblement aussi surprise que lui. « Excellent! Super! … Vous pouvez me faire descendre maintenant? » Aussitôt dit, la lévitation se rompit et Philip s’écrasa - pas aussi violemment que supposé, mais tout de même - sur Emily.
« Désolé pour ça. » « Ne vous excusez pas » intima Philip en redressant la tête. Son regard croisa le sien… « Vous venez de me sauver la vie. » et y resta accroché jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister et se jette sur ses lèvres si attirantes.

Tout en haut de la falaise, Zachariah trancha la tête du dernier reptile qui roula sur le sol. Il la botta du plus puissant coup de pied rageur qu’il pouvait lui donner avant de se précipiter au bord du gouffre. Il ne le distinguait pas trop, mais il cru voir le corps de son frère, gisant sur le sol. « LIIIIIIIP! » Difficilement, le cadet contrôla sa descente autant que possible, désirant retourner en bas le plus rapidement possible. Il lui fallut du temps et il sauta les dix derniers mètres pour découvrir… son frère allonger sur Emily à l’embrasser.
« Je t’ai cru mort gros abruti! » Son soulagement s’extériorisa d’un coup de pied dans la botte de son ainé qui mit fin à l’échange passionné. « Aieuh! » « T’avises même pas! » Philip dévisagea son frère avant d’éclater de rire. La peur et l’adrénaline commençant à se dissiper, Zachariah se mit à rire également. « Me refait plus jamais ça! »

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Emily tournait en rond dans sa chambre, incapable de s’endormir. À la lueur d’une lampe elle tenta de lire un moment pour faire en sorte que son esprit cesse de réfléchir, mais rien ni faisait. Elle continuait d’être hantée par ce baiser encore et encore.
Les frères l’avaient raccompagnée chez elle. Son beau-père était dans une rage inimaginable. Son mari était uniquement soulagé de la revoir en vie et en pleine santé. Son fils quant à lui ne semblait pas trop saisir où était passée sa mère dans les derniers jours, mais ça lui importait peu maintenant qu’elle était revenue. Elijah l’avait enfermée dans sa chambre en vulgaire guise de punition et son mari n’avait pu le convaincre de démordre de son idée. Elle avait participé au sauvetage de leur monde, cela ne comptait-il pas plus qu’une simple désobéissance?
Pas aux yeux d’Elijah Andrews. À croire qu’il savait. Il savait que là-bas elle avait embrassé un autre homme que son mari. Ça ne pouvait être que ça, mais Emily ne regrettait rien sinon le départ de Philip. Elle se sentait si vivante à ses côtés. Elle s’était sentie si puissante dans cet autre monde. Ici, elle n’était rien. Rien que la femme d’Edward qui devait se contenter d’être une bonne mère pour William et une femme attentionnée pour son mari. Était-ce pécher que d’aspirer à quelque chose de plus grand et de plus passionnant?

Une sorte de tintement sur sa fenêtre la sortie finalement de ses pensées. D’abord incertaine, il lui en fallu un second pour approcher de ladite fenêtre. Elle l’ouvrit, la brise fraiche de la nuit n’était rien à côté de la présence de Philip tout en bas pour la glacer de part en part. Puis, lorsqu’elle prit réellement conscience de la signification de tout ceci, elle sentit son coeur s’embraser. Elle sourit et il ne fallut rien d’autre à Philip pour amorcer une courte escalade, aidé par un arbre avoisinant et la corniche du porche en-dessous de la fenêtre de l’étage.
Il avait peser et préparer ses mots pendant des heures, mais une fois en face d’elle, ils s’évadèrent tous de son esprit pour ne laisser que du vide et un sourire béa. Ils se dévorèrent des yeux de longues secondes avant d’oser franchir le point de non-retour en se jetant sur la bouche l’un de l’autre pour un baiser fiévreux.
Agilement et silencieusement, Philip enjamba la fenêtre, les conduisant tous deux vers le lit conjugal dans lequel le mari d’Emily n’était pas convié cette nuit. Et ils firent l’amour, comme jamais Philip ne s’était adonné aux plaisirs charnels en sept cents ans d’existence.

« Je vais devoir partir » murmura le gardien quand pointa l’aurore après une longue nuit d’amour qu’ils s’étaient efforcés de garder discrète. « Je veux venir avec toi. » « Avec Zachariah, nous partons pour l’Orient » expliqua Philip. « Il y aurait un groupe de moines qui cherche à ramener je ne sais plus quel empereur à la vie qui avait pour principale activité la domination du monde. » « Mais la guerre fait déjà rage ici. Vous pourriez… » « Cette guerre-là n’est pas pour nous, elle appartient aux hommes. » « C’est vrai, j’oubliais que tu n’es pas humain » déplora Emily en laissant sa tête retomber sur son torse. « Je le suis. À moitié seulement, mais je le suis tout de même un peu » sourit Philip en laissant ses doigts se perdre dans sa chevelure. « Combien de temps? » « Je ne sais trop. Mais tu peux me croire quand je te dis que je promets de revenir. » Elle leva la tête, il pencha la sienne et leur regard plongèrent l’un dans l’autre. Une certitude s’empara alors du gardien. « Je t’aime. » Le regard d’Emily devint plus pénétrant encore tandis qu’un sourire s’emparait de ses lèvres. « Je t’aime aussi. »



Chapitre sixième – La mission avant tout le reste

Trois ans. Il était parti depuis trois ans. Pour lui s’était terriblement peu, mais pour elle? Pensait-elle encore à lui? Après la Chine il y avait eu l’Islande puis le Pérou et ensuite l’Espagne. Partout, toujours, il y avait un démon, un sorcier, ou même un homme qui souhaitait mettre en péril l’équilibre du monde. Les Oracles ne leur donnait jamais un instant de repos, mais enfin, Philip avait pu faire un saut dans la nouvelle Nation pendant que son frère était parti prendre du bon temps en France.
Descendant de cheval une fois à destination, Philip observa la façade de la maison un moment avant d’oser grimper les quelques marches du porche pour annoncer sa présence. Il reconnut vaguement la domestique de la première fois à travers le rideau près de la porte, mais elle ne lui ouvrit pas. Il entendit ses pas s’éloigner de l’autre côté jusqu’à ce qu’elle s’ouvre sur le beau-père d’Emily. Il semblait beaucoup plus vieux que la dernière fois, plus fatigué aussi, mais toujours aussi colérique.
« Vous n’êtes pas le bienvenue ici. Partez. » « Elijah! » À cette voix, le coeur de Philip s’emballa alors que le doyen Andrews devenait soudainement incroyablement soumis. « Je recevrai qui me plaira dans ce qui est autant ma maison que la vôtre. » « Bien sûr Emily » s’excusa Elijah en s’écartant de l’entrée. Surpris, Philip entra tout de même, découvrant une Emily encore plus resplendissante que dans son souvenir. « Laissez-nous. » Elijah inclina la tête et s’en fut tandis qu’Emily se rapprochait de Philip, une faim dévorante se lisant clairement dans son regard pétillant. « Je n’espérais plus ton retour » dit-elle en encadrant son visage de ses mains. « Hey, doucement, il ne faudrait pas que ton mari nous voit comme ça » interrompit le gardien en repoussant ses caresses. « Ça ne risque pas d’arriver. Edward est décédé l’an dernier d’une forte grippe. »
Le ton léger et indifférent d’Emily aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, mais le baiser qu'elle s’empressa de lui donner mit fin à quelque interrogation que ce soit. Il se laissa entrainer jusque dans le petit salon où elle prit soin de fermer à clé derrière eux avant de rendre leurs retrouvailles plus charnelles.

Lorsque Philip s’écroula aux côtés d’Emily, à bout de souffle, la jeune femme n’eut qu’à tendre la main pour qu’une porte d’armoire s’ouvre et qu’une couverture ne lévite jusqu’à eux, s’étendant d’elle-même sur leurs corps nus. « Wow. » « Mes pouvoirs se sont beaucoup perfectionnés ces dernières années. J’y ai travaillé ardemment. » « C’est… hum... bien » jugea le gardien, la fin de sa phrase sonnant un peu trop comme une question. « Bientôt, je serai en mesure d’y arriver. » « Arriver à quoi? » « Conjurer l’immortalité. » Philip fronça immédiatement les sourcils et se redressa, mettant un peu de distance entre eux. « Je te demande pardon? » « Immortel, tu sais, comme toi. Je veux être en mesure de passer l’éternité avec toi Philip. Je ne veux pas te quitter. Plus jamais. » Elle initia un geste pour venir se lover dans ses bras, mais Philip la repoussa avec autant de douceur que possible. « On parle de déjouer la nature dans son aspect le plus élémentaire, ce n’est pas rien Emily. » « Je sais que je peux y arriver. » « Peut-être, mais ce n’est pas comme ça que les choses doivent être. Tu ne peux pas juste jouer avec la nature de ce qui est. »
Philip se surprit lui-même de ses paroles. Il aurait pu entendre là le sermon répétitif des Oracles s’il n’avait pas été question de sa propre voix et du fait qu’il pensait ardemment chaque mot. « Tu ne m’en crois pas capable » se peina Emily. « Ce n’est pas la question mon amour. J’ai vu et combattu plus d’un sorcier qui s’est frotté aux forces immuables de la nature. » « Tu es bien immortel toi. Je peux l’être aussi. » « Je ne suis pas complètement humain » lui rappela-t-il, ce qui eu l’effet tranchant d’un coup de poignard dans le dos. « Pour devenir immortelle tu devras invoquer des puissances que tu n’imagines pas. » « Je sais très bien ce que je fais » assura Emily avec une détermination qui sonnait étrangère dans sa bouche. « Je t’aime Philip et je veux passer l’éternité avec toi. Est-ce mal? » « Pas en soi. » Mais déjouer les forces de la nature, ça l’était. « Tu pourrais y perdre l’essence même de ce que tu es. On ne peut pas prendre ce risque. Je t’aime exactement comme tu es. » Le regard dur d’Emily s’adoucit soudainement. « Nous sommes d’accord alors! » Elle vint se blottir dans ses bras, comme si cette discussion n’avait jamais eu lieu, et Philip se demanda sur quoi ils s’étaient mis d’accord précisément…

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Assis à la table d’une taverne, Philip ne se souciait guère de l’animation qui battait son plein autour de lui. Chope de bière entre les mains, il fixait l’alcool pensivement. Il était de retour en Caroline du Sud depuis quelques semaines maintenant et ça n’allait pas tout à fait comme il espérait. Déjà qu’espérait-il en revenant vers une femme qu’il croyait mariée plutôt que veuve? Mais si cet obstacle n’en était plus un, un autre avait pris sa place. Emily se servait abusivement de la magie. Il avait déjà vu ça. Cette obstination, ce manque de considération face aux conséquences. Ce n’était pas bon, vraiment pas bon. Ça commençait toujours comme ça et ensuite ce pouvoir qui allait toujours en grandissant finissait par contrecarrer l’équilibre naturel. Celui qu’il était voué à protéger jusqu’à la fin des temps.
« T’as l’air minable. » Cette voix, Philip n’avait pas besoin de lever la tête de sa chope de bière pour savoir à qui elle appartenait. Sans attendre d’invitation, Zachariah prit place en face de lui, sa propre chope à la main. Il avait pris soin d’arrêter à la case comptoir avant de venir le rejoindre. Sage décision. « Je te croyais en France? » Son frère avait un attachement prononcé pour cet endroit. Peut-être parce que sa mère était elle-même française, qui sait. Cela fit penser à Philip qu’il ne savait pas d’où venait sa propre mère. Comme si cela avait une importance maintenant. « J’ai eu la visite de nos deux copains préférés. J’étais en train de donner une leçon de politesse à un malpoli dans un endroit plutôt semblable à celui-ci si tu veux tout savoir. » « Et alors? » « Alors ce gars a appris à ne pas sous-estimer les jeunes hommes qui possèdent plus de fougue que lui! » « Tu n’es pas jeune. » « Simple question de principes.» « Mais je voulais dire, qu’est-ce que les Oracles nous voulaient? » « À toi, rien apparemment. Ils sont venus me mettre en garde, précisément contre toi. » « Moi? »

Philip délaissa finalement sa chope pour porter son regard sur son partenaire en toutes choses. Pourquoi les Oracles le mettraient-ils en garde contre lui? Philip ne comptait aucunement mettre à saque l’équilibre entre le bien et le mal. Autrement il n’aurait pas passé tous ces siècles à faire de son mieux pour le préserver! « Des forces sont à l’oeuvre par ici. Des forces qui perdent de plus en plus le contrôle d’elles-mêmes et ils craignent que tu ne fasses rien pour rétablir l’ordre. Ils n’ont rien dit de plus, mais je sais ce que donne deux et deux. C’est à propos d’Emily, n’est-ce pas? » « Elle a fait ses classes après notre départ. Elle est devenue puissante. Très puissante. Peut-être même trop. Et elle se sert de la magie constamment.  » « Tu lui as dit les risques? » « Bien sûr que je l’ai fait, je ne suis pas idiot! » Philip s’en voulu immédiatement d’hausser le ton sur son frère. Rien de tout ceci n’était de sa faute après tout. Non, il s’agissait uniquement de la sienne. Il était responsable de tout ça. Il avait créer cette addiction dont souffrait Emily. « Elle veut devenir immortelle pou être avec moi Zach » lâcha finalement l’ainé. Le cadet ouvrit la bouche pour dire quelque chose et la referma après quelques secondes de silence. Il n’y avait rien à dire à ça.

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« Il en est hors de question! Je suis si près du but, comment peux-tu me demander d’arrêter maintenant? » Les yeux rougis, Emily luttait contre les larmes. Philip venait de le faire. Après des jours et des jours à chercher les bons mots, la bonne façon de le dire, il l’avait simplement dit. Ne fait pas ça. « Tu ne peux pas devenir immortelle Emily! » continua Philip combattant lui aussi les larmes. Ça le déchirait de le dire, mais encore plus de le penser. Elle ne pouvait pas échapper à son destin. Elle était mortelle. Lui non. Le mieux qu’ils pouvaient faire, c’était de tout arrêter maintenant et elle finirait par s’en remettre. Elle était encore jeune, elle avait un fils merveilleux qui aimait sa mère par-dessus tout. Elle n’avait pas besoin de lui. « Et pourquoi pas? Tu ne veux pas être avec moi? » Il la sonda profondément. Celle qu’il avait connu quelques années plus tôt ne se trouvait plus en cette femme, il devait se faire une raison, et le seul moyen de la ramener était de disparaitre pour toujours. « Non. » Il manquait cruellement de conviction, ce pourquoi il secoua un peu la tête chassant tout sentiment. « Quoi? » s’étrangla la voix d’Emily dans un sanglot. « Je ne veux pas être avec toi pour l’éternité Emily. Qu’est-ce que tu pensais? Que c’est la première fois que je suis amoureux? J’ai sept cents ans. J’ai aimé des femmes qui sont mortes. Je t’aime, tu mourras et ensuite il y aura d’autres femmes. » « Je ne te crois pas. » « Il le faudra bien pourtant, parce que c’est ainsi que les choses sont faites. » Ses propres paroles lui faisaient si mal qu’il n’osa imaginer ce que ce devait être pour Emily. Mais il le fallait.
« Menteur! » Une énergie puissante fonça sur Philip et le propulsa vers l’arrière. Plutôt que de frapper le mur, le gardien percuta la fenêtre et vola encore plusieurs mètres une fois à l’extérieur avant de rouler dans la pelouse. Sonné, le mi-démon mit un moment avant de se remettre sur ses pieds et, plutôt que de retourner vers la maison, il tourna les talons. Il n’était pas encore prêt à l’affronter.

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« Tu n’as pas à le faire tu sais » tenta Zachariah une fois de retour dans les profondeurs de la taverne. « Je n’ai pas le choix, elle est hors de contrôle. » « Je veux dire, je peux le faire. Ne t’infliges pas ça. » « J’ai pas le choix petit frère, il n’y a que moi qui peut le faire. »
Le cadet baissa humblement la tête. Ils le savaient tous les deux déjà bien avant que Philip ne le dise. Il était la seule personne qu’Emily laissera s’approcher d’elle. « Il faut faire vite alors. Le plus tôt sera le mieux. » « Ouais… » Philip n’en était pas spécialement convaincu mais avait-il le choix? C’était son devoir. Il croyait qu’il serait en mesure de tourner dos à sa mission quand l’envie lui prendrait mais il avait tord. C’était ancré si profondément en lui. Il ne pouvait pas laisser Emily déséquilibrer la balance. Ça allait à l’encontre de tout ce qu’il était.

Alors Philip empoigna sa chope et la porta à ses lèvre pour la boire d’un trait. Si ce geste devait lui donner du courage, ça ne fonctionna pas. Toute détermination s’envola lorsque le gardien se trouva de nouveau devant la porte des Andrews. Il le fallait bien pourtant. Zachariah attendait au portail qui délimitait le terrain de la famille. Il serait perçu directement comme une menace par Emily autrement.
Le gardien n’eut pas le temps d’annoncer sa présence que la porte s’ouvrit d’elle-même. Peu rassuré sur ce que ça signifiait, Philip pénétra tout de même dans la demeure, prenant même soin de refermer derrière lui. Il trouva Emily dans la salle à manger. Il y avait un feu dans l’âtre pour seul éclairage et Emily était assise devant un vieux grimoire très épais. Il s’en dégageait quelque chose de trop maléfique pour être ignoré du gardien. « Emily? » « Je savais que tu changerais d’avis. » Elle se leva, vint à lui, et ce fut à la lueur des flammes que Philip remarqua ses yeux complètement noirs. Il n’y avait plus de retour possible. La soif de pouvoir s’était emparée de tout son être. « Oui, bien sûr, je ne pensais pas ce que je disais » mentit Philip, incapable de faire abstraction de ce regard vide d’humanité. « Ce soir, nous serons ensemble pour toujours mon amour. » « Ton beau-père ne cherchera pas à nous en empêcher? » « Elijah est confiné à ses quartiers jusqu’à ce que j’en décide autrement. » « Bien » se réjouit Philip à l’idée que le beau-père était toujours en vie. « Et William? » « Il dort » certifia la mère. « Parfait. » « Commençons maintenant. Il me tarde de pouvoir être réellement avec toi! » Elle retourna au grimoire et Philip la suivit, portant une main à son dos pour en extirper une dague. Celle-là même qu’il lui avait donnée pour se protéger lorsqu’ils se trouvaient dans cet autre monde. Sa main crispée sur le manche, il vint se placer dans le dos de la seule femme qu’il ait aimée, leva le bras et l’abaissa d’un mouvement brusque mais précis.
Celui-ci n’atteint jamais sa cible. Emily se retourna de manière trop vive pour être naturelle et la même force qui avait jeté Philip en dehors de la maison le projetait cette fois-ci vers le foyer où il se fracassa la tête. Sonné, il s’affala au sol, incapable de se redresser dans l'immédiat.
« Philip, je croyais que tu m’aimais! » Grinçant des dents, il fut incapable de dire quoi que ce soit, les points noirs qui obstruaient sa vue étant sa seule préoccupation dans l’instant. « Je croyais que tu voulais être avec moi pour l’éternité! » Les étourdissements diminuèrent de plus en plus pendant qu’Emily parcourait la pièce pour se rapprocher de lui. « Nous pouvons nous aimer pour toujours, laisse-moi juste faire ceci. Ensuite, tout ira bien, je te le promets. » Mais ça ne le pouvait pas. Aucun sorcier ne pouvait sortir indemne de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Elle n’était déjà plus elle-même. Elle croyait avoir le contrôle, mais ce n’était qu’une illusion.

Elle se pencha sur lui et remarqua le filet de sang qui émanait de son front. Il pouvait sentir le liquide poisseux couler entre ses yeux et le long de son visage. « Oh mon amour, je suis tellement désolée. Il ne fallait pas faire ce que tu as fait. » « C’est moi qui suis désolé. » « Tu n’as pas à l’être. Nous serons ensemble pour toujours mon tendre amour. » « Non, on ne peut pas. » Le point final fut porté par la lame qu’il avait réussi il ne savait trop comment à conserver dans sa main. Il le planta profondément dans le ventre d’Emily. Elle ouvrit la bouche, cherchant son air, des vents puissants prenant naissance dans la pièce. Elle chercha à se régénérer autour de la blessure afin d’y survivre, mais Philip se redressa un peu, plantant la lame plus creux, la tournant dans son orifice pour créer le plus de dommages irréparables possibles.
Ses yeux s’emplirent de larmes et ceux d’Emily s’éclaircirent, le noir maléfique en disparaissant complètement. « Philip » prononça difficilement la sorcière d’une voix tremblante. « Pourquoi? » « Parce que je n’ai pas le choix » pleura-t-il. « Je… je croyais que tu m’aimais. » « C’est justement parce que je t’aime. » Il tourna une dernière fois la lame dans la plaie et la vie quitta Emily en même temps que la tempête disparue de la salle à manger. Tout devint atrocement calme et Philip inspira douloureusement comme s’il s’était privé de respirer depuis plusieurs minutes. Il lui en fallu d’ailleurs plus d’une avant de trouver la force de se lever. Il jeta un dernier regard au visage d’Emily et quitta la pièce, luttant contre l’envie de se retourner à nouveau.
Au moment de passer la porte, il entendit Elijah dévaler l’escalier. Un seul coup d’oeil et le doyen Andrews comprit ce qui s’était passé. « Prenez soin du petit. » « Allez-vous-en » somma uniquement Elijah. « Vous avez déjà fait trop de mal à cette famille. » Philip encaissa et parti.

Dans la salle à manger, William, alors âgé de sept ans s’extirpa de sous la table, le visage baigné de larmes. Une fois debout, il se tint devant le cadavre de sa mère, incapable d’un geste de plus…



Chapitre septième – Bienvenue sur la bouche de l'enfer

C’était en plein milieu de la journée, le bar était relativement vide, les créatures de la nuit sortant, par définition, surtout la nuit. Lip tournait et tournait sur lui-même, assis sur un tabouret au comptoir. L’Artémis était plus que calme aujourd’hui, il était aussi mort que pouvait être mort le plus mort des rats morts. Après trois inventions de cocktail, le gardien avait jonglé avec quelques bouteilles, mais ça ne l’avait amusé qu’une minute, deux tout au plus. « Allez à la Nouvelle Orléans, sur la bouche de l’enfer de l’aide vous devrez donner » marmonna-t-il en imitant avec soin le ton lugubre et énigmatique des Oracles. « Tsss, n’importe quoi, y’a rien ici! » S’emparant de la télécommande, il changea la chaine de sport pour celle des feuilletons d’après-midi. « Hey, je regardais ça! » s’agaça un démon au visage tellement particulier qu’on aurait dit un tas de détritus dans lequel on aurait mis le feu puis qu’on aurait tenté d’éteindre l’incendie avec une pelle. « Ouais bha c’est moi le chef ici, je regarde ce que je veux! » Le client était roi? Pas dans ce bar en tout cas et la plupart des démons qui fréquentaient l’établissement avaient déjà trop entendu parler des gardiens de l’équilibre pour chercher à leur inculquer ce précepte.
Concentré sur les aventures de Brooke et Brad, Lip avait officiellement atteint le fond du baril. Celui où il y a si peu d’action que le troisième retour de la jumelle maléfique de Brooke qu’on croyait morte depuis son deuxième retour est le grand événement de la journée! Depuis six mois, c’était le calme plat. Venaient-ils d’y arriver? Après neuf cent ans à préserver l’équilibre, les forces du mal avaient-elles fini par comprendre qu’il fallait rester sage et ne pas trop faire de remous? Impossible. Partout, toujours, il y avait un petit malin pour vouloir devenir le prochain maître de l’univers et avoir suffisamment de ressources pour peut-être y arriver.

Si la bouche de l’enfer située à la Nouvelle-Orléans leur semblait un bon endroit pour s’installer en leur qualité de gardien Philip et Zachariah n’avaient pourtant rien eu de spécial à y faire sinon se lancer en affaires en s’achetant un bar. Officieusement, ils en étaient les propriétaires, mais officiellement, seul Philip avait son nom sur le contrat d’achat. Un bon moyen d’agacer le petit frère retourné sur les bancs du lycée, mais cet amusement ne pouvait hélas durer toute la journée.
Et s’ils étaient réellement là pour surveiller de loin une tueuse potentielle qui avait toutes les chances d’être appelée, pour l’instant, le fait que Zach soit dans ses classes suffisait à faire le boulot. En d’autres termes, Lip n’avait rien de mieux à faire que mélanger un zeste de pastrami à un mojito et trouver un démon pour goûter.
« Nha mais qu’est-ce qu’on fout ici franchement? » Une excellente question. Pourtant, les Oracles ne se bousculèrent pas pour y répondre durant les deux années qui suivirent…


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